Précédée d’une myriade de superlatifs plus ou moins justifiés et d’une promotion qui a envahi le paysage médiatique et urbain, la troupe de la comédie musicale «Mamma mia!» (80 personnes en tout) a posé ses valises depuis mercredi soir à l’Arena de Genève, pour une dizaine de jours. Première plutôt décoiffante, devant un public lent à démarrer. Mais première convaincante si… l’on aime ABBA.

Une condition évidemment sine qua non, qu’on couplera avec une nécessaire inconscience du sens des paroles de ces tubes, pieusement et maladroitement traduites en français sur deux grands écrans qui jouxtent la scène. Car c’est là le prodige de cette production bâtie sur la «machine de guerre musicale» des deux ex du groupe suédois, Benny Andersson et Björn Ulvaeus: avoir réussi à monter une intrigue qui tient à peu près debout à partir de textes d’une indigence crasse, qui parlent des touts et des riens de l’amour. Qui plus est, une intrigue qui ressemble à un manifeste féministe. Gentillet, certes, mais tout à fait crédible dans un scénario simplisme: une jeune fille, Sophie, qui va renoncer à se marier de manière conventionnelle sur une île grecque après avoir appris que sa mère, qui y tient une taverne, ne veut pas lui révéler une paternité bien improbable et révélatrice d’une vie antérieure libérée, incarnée par trois mecs tous plus faibles les uns que les autres.

Ce synopsis, truffé de gags plus ou moins réussis, n’a d’ailleurs pas beaucoup d’importance. Il fonctionne de manière harmonieuse entre le groupe des hommes et celui des femmes. Ce qui compte avant tout ici, ce sont les voix, qui portent la mémoire de tubes quasi immortels (22 des plus fameuses chansons d’ABBA, dont «Dancing Queen», «Chiquitita», Money, Money, Money», «Gimme! Gimme! Gimme!», «SOS», Take a chance on me» ou «Super Trouper»). Dans des décors souples mais simples, satinés à saturation. Avec des chorégraphies costumées ou très peu habillées pour les garçons, souvent kitschissimes, aux confins d’une performance gymnique un brin ridicule, palmes au pied ou semelles bien compensées des années 1970.

Au fil d’un spectacle dont le rythme s’accélère progressivement, avec un punch incontestable, le public se chauffe enfin, pour aboutir à un finale très classique de reprises copiées-collées de la grande époque, peut-être le moment le plus réussi de l’ensemble, trop court. «Vous en voulez encore?» hurle Donna (la «mamma» de l’histoire). On en aurait bien repris une louche, oui, de cette musique au bout du compte meilleure que la comédie qu’elle est censée porter.

«Mamma mia!» Arena, rte des Batailleux 3, 1218 Genève, jusqu’au 5 avril, location TicketCorner.