Cinéma

Le mammouth tient la route

Quatrième tour de piste pour les bestiaux velus de «L’Age de glace»

En ces temps de réchauffement climatique, la période glaciaire joue les prolongations. Après avoir sauvé un bébé humain (2002), fui la montée des eaux (2006) et opéré une anachronique jonction avec les dinosaures (2009), Manny le mammouth, Diego le machairodus et Sid le paresseux affrontent un nouveau péril: la dérive des continents. Le responsable de ce bigntz, c’est l’inévitable Scrat. En plantant son gland exactement là où il ne fallait pas, l’écureuil frappadingue a activé la tectonique des plaques.

Manny, Diego et Sid se retrouvent séparés de leur «clan». Dérivant sur un iceberg, ils affrontent la tempête, des crabes géants et des pirates hirsutes. Le scénario brasse L’Odyssée (Sid fait le Lotophage, des sirènes leur job de tentatrices charnelles), Star Wars (alliance avec des hamsters des cavernes agaçants comme des Ewoks) et Pirates des Caraïbes: une poignée de flibustiers, dirigés par un Barbe Noire simiesque, cherche des noises aux naufragés.

La superstar de ce film, c’est l’outsider, celui qui squatte les génériques, bouche les trous, relance l’action sans jamais interférer avec le récit: Scrat. L’ancêtre du Screwy Squirrel est l’incarnation ultime du squash & stretch. Il fait d’emblée une chute de 20 000 kilomètres dans les entrailles de la terre, s’enroule tel un élastique autour du noyau magnétique avant de gicler au firmament.

Atlantide coulée

Dans un état d’instabilité extrême, puisqu’à l’instar du chat de Schrödinger, il est à la fois mort (il découvre son propre squelette) et ultra-vivant, Scrat accumule les gaffes telluriques. Il perpétue l’esprit de Tex Avery, non seulement la plasticité exponentielle des corps, mais aussi la mauvaise foi, la folie – en l’occurrence l’obsession compulsive du gland, qui ne devrait pas laisser indifférents les psychanalystes…

Les autres sont malheureusement plus raisonnables. Quand Scrat coule l’Atlantide, la Manny Family débarque en Terre promise. A leurs débuts, Manny, Sid et Diego étaient des mâles solitaires. Avec le temps, ils ont constitué un clan. Manny, censé être le dernier de son espèce, a trouvé l’âme sœur. Désormais, entre Pêche, adolescente rebelle et ses amis, les mammouths pullulent. La famille de Sid débarque pour lui confier la mémé terrible. Et Diego trouve l’amour auprès d’une charmante tigresse aux dents de sabre… La faune pittoresque du cénozoïque ressasse une morale tribale chère au cinéma américain. Quand craquent les glaces et dérivent les continents, la famille constitue le dernier refuge.

Restent quelques scènes et personnages appréciables. On goûte la stupidité joyeuse d’un éléphant de mer extra-flasque, la fourbe imbécillité qu’affichent les opossums ou la méchanceté inspirée du chef des pirates. On apprécie cette question de Sid: «Pourquoi les cyclones ont-ils un œil et pas d’oreilles?» Quant au graphisme, d’une fluidité hallucinante, il témoigne des progrès en matière d’imagerie numérique accomplis au cours des dix dernières années.

VV L’Age de glace 4: la dérive des continents (Ice Age 4: Continental Drift), de Steve Martino et Mike Thurmeier (Etats-Unis, 2012), 1h34.

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