Deux édifices cristallisent l'audace et l'inventivité de Manchester. Le premier est un triangle de verre vert en plein cœur de la ville, qui abrite le premier musée au monde à être entièrement dédié au phénomène urbain. Urbis, c'est son nom, allie un design ultramoderne et une muséographie avant-gardiste à la limite de la prétention. On pénètre dans le bâtiment à 70 millions de francs, enveloppé dans sa structure translucide, par un sas qui mène à un espace ouvert sur quatre étages. Pour accéder au début de l'exposition, il faut grimper dans un… funiculaire intérieur. Au fil des niveaux, Urbis raconte de façon interactive, informative et distrayante la naissance du concept urbain, sa transformation à travers les âges, centrant son discours autour de l'identité individuelle et collective des villes et de leurs habitants. Et lorsque le visiteur doit se reconnaître sur une vidéo de surveillance, puis composer sa propre fiche d'identité, l'humour se mêle au familier pour rappeler à quel point l'homme est aujourd'hui un animal urbain.

Evidemment, la comparaison incessante de grandes métropoles comme Singapour, Tokyo, Los Angeles, Paris, São Paulo ou Londres avec Manchester peut prêter à sourire. Mais c'est là plus qu'un clin d'œil aux habitants de la région: la manifestation la plus forte de cette identité redéfinie. Manchester, berceau de l'industrie capitaliste moderne, en sait sans doute plus que toute autre sur l'histoire des villes.

A l'extrémité méridionale de l'agglomération, Salford Quays n'était il y a cinq ans encore qu'un terrain vague, grues rouillées, pontons défoncés, le long du canal que les maîtres du textile avaient construit pour éviter de payer la taxe portuaire imposée par leurs rivaux de Liverpool. Aujourd'hui, c'est une ville nouvelle qui rappelle, dans son ambition débridée et, parfois, sa froideur irréelle, la cité olympique de Barcelone ou le quartier de l'Expo universelle de Lisbonne. A deux pas d'Old Trafford, le temple du football roi (Manchester United), trônent une galerie d'art moderne (le Lowry), un théâtre et, surtout, l'Imperial War Museum North. Ce vaisseau d'aluminium, aux angles vifs comme des plaies, à la dague pointée vers le ciel, est la première réalisation de l'architecte Daniel Libeskind sur sol britannique.

Au même titre que le Guggenheim à Bilbao, sans en avoir le même impact décisif, le bâtiment gris est devenu l'icône du renouveau. Paradoxal pour une institution qui traite de la mémoire des conflits? Pas vraiment: dans ce musée remarquable, qui n'a rien à envier à son parent londonien, les technologies les plus novatrices sont au service d'un discours profondément humain sur la guerre et ses conséquences. Et si Trafford Park a été choisi, parmi 71 sites du nord de l'Angleterre, pour son emplacement idéal, il y avait aussi une logique symbolique à privilégier Manchester, l'une des villes les plus meurtries par les bombardements nazis de 1939-45. Depuis son ouverture le 5 juillet 2002, l'Imperial War Museum North a accueilli plus d'un demi-million de visiteurs.

Urbis, Cathedral Gardens, tél. 0044 (0) 161 907 9099, http://www.urbis.org.uk, ouvert tous les jours de 10h à 18h (samedi jusqu'à 20h), entrée 5 livres.

Imperial War Museum North, Trafford Wharf, tél. 0044 (0) 161 836 4000, http://www.iwm.org.uk, ouvert tous les jours de 10h à 18h (sauf du 24 au 26 déc.), entrée libre.