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Manchots au bord de la crise de nerfs

Lorsque l’animal totem du pôle Sud devient la vedette d’albums insolents, les lecteurs plongent tête la première

Quand ça va pas, ça va pas! Il est trop tôt pour se lever, il fait froid, il y a trop de bruit, l’eau est trop salée… Oui, parce que le petit héros formidablement râleur que Jory John met en scène dans Banquise blues est un manchot. (On remarquera l’habile prise de distance: toute ressemblance avec un(e) jeune bipède mal luné(e) étant évidemment fortuite!) Voici un album absolument savoureux, dont le message, tout enrobé d’humour comme il l’est, passera comme une lettre à la poste.

C’est d’un vieux morse empli de sagesse et d’expressions châtiées que viendra la révélation; le manchot a une famille, des amis, le ciel et l’océan l’entourent, y a-t-il vraiment là motif à se plaindre? «Finalement, je crois que ça va aller.»

Superbes illustrations

La légèreté et la drôlerie du texte font mouche, mais un des grands charmes de l’album tient aux illustrations de Lane Smith. Difficile de ne pas voir la patte d’un génial graphiste dans ces représentations jouant avec l’unique et le multiple, le noir et le blanc, le froid et… le glacial. Et cette douceur dans le trait, toujours vaporeux, tout comme sont duveteux les ciels, les mers, les montagnes.

Une bien jolie façon de parler du bonheur – tout en bougonnant abondamment.


Jory John, illustr. de Lane Smith, «Banquise blues», Gallimard Jeunesse. Dès 4 ans.


C’est par un coup de colère que débute Le manchot qui en avait marre d’être pris pour un pingouin. La méprise qui donne son titre à l’album vient de se reproduire! Ni une ni deux, le volatile offensé demande à la célèbre journaliste Valérie Cachalot d’écrire un article qui éclaire enfin la lanterne de tous les ignorants.

Le lendemain, on sonne à la porte; une fois, deux fois, dix fois, c’est tout un défilé d’animaux méconnus qui viennent témoigner leur reconnaissance: le dromadaire qu’on prend pour un chameau, l’otarie pour un phoque, la chouette pour un hibou, le lièvre pour un lapin et tant d’autres encore.

Monde bigarré

Dans le monde bigarré, brouillon et expressif que dessine Christine Roussey, c’est la fantaisie qui prime, osant les allusions, les clins d’œil impertinents, parfaitement au diapason en cela du texte de Nicolas Digard. Ce dernier distille en prime quelques informations permettant de différencier tous ces «faux jumeaux», ce qui apporte une touche scientifique tout à fait bienvenue dans une histoire aussi déjantée!


Nicolas Digard, illustr. de Christine Roussey, «Le manchot qui en avait marre d’être pris pour un pingouin», Nathan. Dès 6 ans.

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