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Un millier d’Hokusai

Quelques étranges acrobates – de jeunes lurons, une femme habillée d’une seule jupe rose, des vieux tout fripés – habitent la couverture de cet élégant coffret. A l’intérieur, deux ouvrages réunissent les 15 volumes de La Manga ­d’Hokusai. Soit plus d’un millier de dessins qui sont une leçon magnifique venue du XIXe siècle japonais.

Matthi Forrer, spécialiste d’Hokusai, explique dans sa préface que manga signifie «esquisse au débotté», ou «dessin sans signification particulière», et que l’artiste l’avait préféré pour titrer le premier des volumes à celui de denshin kaishu, qui signifie «transmission de l’esprit».

Tout commence à la fin de 1812. Hokusai séjourne à Nagano où il rencontre un groupe de peintres amateurs. Il esquisse pour eux quelque 300 génies et bouddhas, femmes et fleurs, samouraïs et oiseaux, tous capturés en quelques coups de pinceaux. Cela donne lieu à un premier volume publié en 1814. Au vu du succès, l’éditeur demande aux peintres de Nagano d’autres dessins d’Hokusai. Il sort ainsi un deuxième volume. Entre-temps, l’artiste annonce qu’il peut nourrir au moins dix volumes. Matthi Forrer estime que les cinq premiers ont été remplis par les croquis du séjour à Nagano. Puis le maître complète peu à peu de personnages historiques et d’éléments architecturaux, de scènes d’arts martiaux et de paysages, de tours de magie, de figures chinoises…

C’est toute une aventure éditoriale qui se met en place, avec un service de navettes pour dépêcher les dessins du maître d’Edo à Nagano, et lui retourner les épreuves afin qu’il apprécie le travail des xylographes. En 1817, on organise même un grand événement publicitaire. Le maître venu à Nagano remplace le pinceau par le balai pour un dessin géant de dix-huit mètres sur neuf réalisé en public.

Après une pause, une «Nouvelle Manga» est lancée, mais Hokusai a vieilli, son rythme est plus lent. Les derniers volumes ne paraîtront d’ailleurs qu’à sa mort, en 1849. L’ensemble est ici reproduit en fac-similé, discrètement commenté. Le dessin se suffit à lui-même.

La Manga, Hokusai. Ed. Hazan, 900 p. Env. 97 francs. L’exposition «Hokusai» au Grand Palais à Paris continue jusqu’au 18 janvier. www.grandpalais.fr