Placé sous l’éteignoir de la censure, le cinéma iranien traverse une période critique? Le Ciné-club persan de Genève ne s’en porte que mieux, avec une belle cause à défendre. Après avoir programmé une trentaine de films (souvent importés) depuis quatre ans, il s’offre un coup d’éclat en invitant la remuante Mania Akbari, remarquée au récent Festival de Fribourg.

Si son nom ne vous dit encore rien, son visage pourrait par contre vous être familier: il y a dix ans, elle était la protagoniste de 10, formidable film concept d’Abbas Kiarostami – la conductrice d’une voiture qui accueillait divers passagers, dont son vrai fils, pour une dizaine de dialogues révélateurs.

Née en 1974 à Téhéran, cette fille d’un couple de professeurs de sciences fut d’abord artiste peintre avant de bifurquer vers le cinéma suite à cette expérience. Mieux, elle a poursuivi dans la voie féconde montrée par le maître en signant trois films «de conversations» qui approfondissent les questions de la femme dans la société iranienne, du conflit entre tradition et modernité, et de l’inévitable complication des relations entre les sexes qui en découle. 20 Fingers (2004, ce soir à 20h) se présente ainsi comme un dialogue de couple découpé en sept parties, tandis que 10 + 4 (2007, mardi à 20h) se pose comme une suite officielle en usant d’un ressort documentaire nouveau (un cancer, vrai lui aussi) qui n’est pas sans répercussions sur le dispositif formel.

De Kiarostami à l’exil

Apparemment guérie, la cinéaste a ensuite tourné le film montré en compétition à Fribourg, One. Two. One (2011, visible du 9 au 15 mai), suite de plans-séquences autour d’une femme défigurée et de la question de la beauté. Depuis, Mania Akbari a tourné un quatrième film finalement intitulé ­Tehran to London, une «pure» fiction qui finit toutefois par évoquer son propre exil à Londres, où elle s’est installée l’automne dernier suite au durcissement du contrôle des artistes par le régime Ahmadinejad.

Courts, les films laisseront ample place à deux débats en présence de leur auteur: «Réaliser un film en Iran» (lundi) et «Une femme iranienne face à l’adversité» (mardi, modéré par Laurence Deonna, bonne connaisseuse de la région).

Mania Akbari – le cinéma libre d’une artiste iranienne. Maison du Grütli, Général-Dufour 16, Genève.Les 7 et 8 mai à 20h. www.cine-club-persan.com; http://www.cinemas-du-grutli.ch