Plus un seul musée d’art ancien qui ne présente de l’art contemporain à côté des vieux maîtres. Plus une seule exposition d’art occidental qui ne montre de l’art africain et océanien, ou l’inverse. La manie des rapprochements, souvent pertinents, s’est substituée à celle de l’exhaustivité qui empoisonnait la vie des visiteurs de grandes expositions il y a quelques années. Mais l’intention est la même. La délectation pure et simple est bannie, l’enseignement de l’histoire de l’art et la pédagogie sont partout.

Renoir au XXe siècle ne fait pas exception. Le parcours est ponctué par des œuvres d’autres peintres. Celles de Picasso qui, au tournant des années 1920, s’inspire de Danse à la ville et D anse à la campagne pour sa Danse villageoise (1922). De Matisse dont les odalisques rappellent les nus couchés de Renoir (lourdeur en moins). De Bonnard, avec ses personnages dans des intérieurs et sa facture légère et caressante. Les thèmes se ressemblent, la composition a un air de famille. L’historiographie chronologique est de retour, les jeunes s’inspirent des anciens.

Mais l’essentiel est moins visible et ne va pas de soi. Ce qui relie le Renoir de la deuxième époque à Picasso, Matisse ou Bonnard, c’est le périmètre de l’activité du peintre. Tous les quatre sont des artistes d’atelier; le monde artistique est à l’intérieur, le monde réel est à l’extérieur et ils n’y font pas allusion si ce n’est, quelques fois, avec une vue par la fenêtre. Pas de trace des foules, de l’industrialisation, de la guerre.

Cette fracture dans l’histoire de l’art est réelle puisque d’autres peintres s’en iront affronter le grand large. Renoir en est peut-être l’un des précurseurs. Mais les belles peintures de ses successeurs ne suffisent pas à la comprendre.