On a appris lundi la mort de Franco Donatoni le 17 août à Milan, à l'âge de 73 ans. Avec Luigi Nono et Luciano Berio, il était l'une des figures dominantes de la création musicale italienne de l'après-guerre. Attiré par la sainte trilogie de l'Ecole viennoise, Schönberg, Berg et Webern, dont les œuvres vont alimenter la révolution musicale des années 50, ses premières compositions se ressentent de cette influence (Musica pour orchestre de chambre, Quartetto).

Dès les années 60, Donatoni se démarque du sérialisme alors tout-puissant pour s'engager sur d'autres voies. C'est d'abord une série de recherches sur le matériau sonore en tant que tel (For Grilly pour 7 instruments, Sezioni pour orchestre), puis une démarche «négativiste» où le compositeur explore une déconstruction aussi totale que possible du langage musical. Proche des courants qui plongent les avant-gardes plastiques dans l'installation, l'objet trouvé ou la performance, le travail de Franco Donatoni se distingue dès lors par des formes aléatoires, jusqu'à la mise au point d'un système de «principes modificateurs» qui, dès 1967 (Souvenirs pour 15 instruments), rétablissent une syntaxe musicale qui lui est propre.

Donatoni, pendant vingt ans, va ainsi devenir un grand manipulateur de sons, qu'ils proviennent de ses propres partitions ou du passé. Le raffinement et l'exigence intellectuelle sont extrêmes dans cette œuvre qui, dans les années 80, reviendra progressivement à la voix (L'Ultima sera pour voix et 5 instruments), s'ouvrira à une nouvelle tendance gestuelle (Spiri pour 10 instruments, Arpège pour 6 instruments), et enfin aux pulsations du jazz, présentes dans ses dernières pièces.

Sans compromis et pour cela peu populaire, l'œuvre de Donatoni a été dépassée en notoriété par son talent de pédagogue. Actif à l'Academia Chigiana de Sienne dès 1970, puis à Rome et à Berlin, il s'est imposé comme l'un des grands formateurs de sa génération. C'est d'ailleurs en compagnie de ses élèves qu'il venait de mettre la touche finale à une commande de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles et de son chef, Esa-Pekka Salonen, intitulée Esa.

J.-J. R.