La mission est claire, ratisser le public jeune, pour qui cinéma doit vouloir dire séquences de 5 minutes sur YouTube – selon la vision du monde des producteurs de cinéma. Déjà sorti en France, le film Le Manoir, que présente ces jours le Festival du film fantastique de Neuchâtel, barde son générique de quelques youtubeurs fameux, tendance comédie: Kemar, qui coécrit, Natoo, Ludovik et Mister V.

Ceci étant dit, l’affaire est vite résumée. Une bande d’amis se retrouve dans une vieille masure pour célébrer le Nouvel An. L’année à peine franchie, ils sont zigouillés les uns après les autres, ou presque. Pour anoblir son entreprise, le réalisateur Tony T. Datis cite les grands films de tueurs, les slashers, Vendredi 13, Halloween et les autres. Bien sûr.

Ce Manoir impose une interminable enfilade de gags à deux balles, pour former un ensemble d’une vacuité accablante. Hormis un amusant personnage d’expert en drogues, il n’y a rien à quoi se raccrocher dans cet humour franchouillard pseudo-hype. On pressent que l’ambition profonde est de livrer un Père Noël est une ordure façon slasher années 2010, mais on prend le pari que ce film-là sera oublié dans deux ans. L’histoire du cinéma jugera.


Au NIFFF cette année:

En sus, on peut relever que le vieillissement démographique marque aussi les longs-métrages censés cibler le jeune public; à passé 20 ans, les victimes potentielles du Manoir sont bien plus vieilles, YouTube ou pas, que celles des massacres des années 1970.

Reste qu’au final, cela fait plus de quatre décennies que des jeunes crétins se font trucider par des techniques plus intelligentes qu’eux. Le Manoir ajoute une goutte, inutile, à ce long fleuve de sang.

Mais puisque nous sommes au NIFFF, et l’on n’est donc pas tenu de se limiter à cette forme déprimante d’humour hexagonal. Aux Philippines, on règle son compte à YouTube avec quelque agressivité, de manière pas plus subtile, mais avec un biais plus imagé.

Histoire de sorcières par-delà les générations, Pwera Usog, de Jason Paul Laxamana, met en scène deux jeunes femmes qui veulent être stars sur la plateforme en ligne de Google au point de harceler une mendiante – pas de chance, elle leur jette un mauvais sort. A la fin, la morale sera sauve. Le cinéma fait ce qu’il peut avec YouTube.


 «Hostile», trouvaille post-apocalyptique

Ce vendredi également, le NIFFF propose une autre facette, bien plus prometteuse, du fantastique venu de France: Hostile, premier long-métrage de Mathieu Turi, qui a jusqu’ici collectionné les postes d’assistant, en particulier aux Etats-Unis. Une révélation.

Seule dans son camion tout-terrain, une jeune femme avance sur les routes sablonneuses d’un monde post-apocalyptique. La Terre, sèche, est sillonnée de féroces monstres humanoïdes. Des flash-back racontent l’histoire d’amour de cette femme dans une New York d’alors, bien réelle…

Remarquablement réalisé et interprété, Hostile repose sur un twist final qui laisse certains de marbre. Mais sans conteste, le voyage en vaut la peine.


Festival du film fantastique de Neuchâtel. Jusqu’au samedi 8 juillet. «Le Manoir», vendredi 19h30; «Hostile», à 22h30.