Le poche de la semaine

«Il y a environ trente ans de cela, Mlle Maria Ward de Huntingdon, qui ne pouvait se prévaloir que de sept mille livres...»

Genre: roman
Qui ? Jane Austen
Titre: Mansfield Park
Trad. de l’anglais par Pierre Goubert
Chez qui ? Folio, 720 p.

Lorsqu’en 1799, la douce Fanny Price quitte la crasseuse Portsmouth pour le domaine de son oncle fortuné, elle n’est qu’une enfant de 10 ans tétanisée devant ses tantes et ses cousines. Condescendantes à son égard, ces dernières ne lui accordent que l’intérêt réservé aux parents pauvres, soit le privilège d’être une spectatrice silencieuse de leur indéniable supériorité.

Seul son cousin Edmund devine, derrière la timidité de Fanny, une intelligence et une bonté. Il fera d’elle sa complice. Cette amitié fragile, ou cet amour naissant, sera pourtant vite bousculée par l’arrivée dans le voisinage des intrigants Crawford, frère et sœur, Londoniens et frivoles. Hédonistes et moqueurs, ils initieront leurs voisins aux tentations de liaisons dangereuses.

D’un abord plus ardu que les précédents romans de Jane Austen, Mansfield Park peut paraître indolent, à l’image de certains de ses personnages. Mais son charme se situe dans les singularités que la romancière anglaise amène. Comme le fait de suivre sur une dizaine d’années un personnage principal avec une narration évolutive. Fanny enfant est racontée presque par inadvertance, par ses proches, puis, à mesure que sa confiance en elle se développe, elle occupe tout l’espace du récit. Et l’héroïne n’est pas charmante. Elle est timide, effacée, et a un sens aigu, parfois agaçant, de la morale.

Sous le vernis des intrigues d’alliance ou de mésalliance, se cache tout le génie de Jane Austen, subtile interprète des grandes incompréhensions entre les êtres, et des défis d’une époque. Il est question ici de l’éducation donnée aux filles, de leur potentiel intellectuel, des tabous d’une société patriarcale, et d’indépendance. Le tout ponctué d’un humour espiègle qui fait que l’on achève la lecture de certaines descriptions le sourire aux lèvres. Nabokov appelait cela «la phrase à fossette».