Quoi de neuf? L’amour du vieux. Quoi de révolutionnaire? Les héritages. Le comble de la sophistication? L’authenticité. Quoi de moderne? Le retour à la nature – un long chemin, celui-là, qui s’effectue chaussé de boots vendus artificiellement patinés, comme s’ils avaient vieilli avec leur propriétaire, traversé avec lui orages, ô désespoirs, sans compter les éclaircies amoureuses, les beaux dimanches et les jours d’œuvre.

2010. La plupart des marques du luxe défilent sur Internet, jouent de Facebook, ouvrent des sites de vente et tweeterisent. Et l’on se réjouit d’acheter des chaussures usées comme on s’offrirait une épaisseur biographique, comme si l’on craignait que nos existences ne s’évaporent aussi facilement qu’une vie d’avatar. Besoin d’habits qui parlent d’émotions, comme au défilé Dolce & Gabbana, organisé devant un écran géant diffusant le dernier film de Giuseppe Tornatore.

A Milan où les marques de la mode et du luxe transalpins ont récemment fait défiler les collections qui seront en boutique l’automne prochain, c’est à un quasi éternel retour aux sources qu’on aura assisté, la plupart des marques parlant de revenir à leurs racines et au patrimoine maison. Voir le tableau des tendances à la hausse et à la baisse, ci-dessous. Le plus étonnant, le plus moderne, c’est que dans l’ensemble, la cinquantaine de défilés vus ou entrevus auront été aussi désirables qu’aimables.

L’âme du vestiaire

Le grand chambardement, c’est qu’après une décennie d’un vestiaire comme sorti de chez le tailleur anglais et aussi tendu que le gilet d’un dandy, la nature, l’outdoor, la maille organique et le grand air sont appelées à démoder ces chaussures vernies et ces nœuds papillons qu’on avait vus refleurir jusque dans les rangs des groupes de rock.

Crise oblige, toujours rien d’ostentatoire, no logo, no bling-bling, no signe de richesse extérieure. On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel du corps masculin est invisible pour les yeux. Surtout si on le cache derrière un grand manteau.

Car le manteau, vaste et profond comme un paysage, est le messager de ce changement. A Milan, il a été tellement et si bien décliné qu’il s’annonce comme la pièce maîtresse de la garde-robe masculine de l’automne 2010. Burberry Prorsum en propose de magnifiques spécimens, ici repris de la capote d’officier, là cousus de boutons dorés à la place des épaulettes, plus loin virant au blouson d’aviateur en mouton retourné. De l’ampleur!

La peau du costume

Chez Dolce & Gabbana, le manteau ouvre le bal, mais version tricotée (la maille, valeur à la hausse). Chez Neil Barrett, deux moitiés de manteau en font un, nouveau, énervé. Gucci, en grande forme, le teint en camel. Prada l’imagine bisexuel, avec ses tons fragiles, ses grands boutons et ses cols tricotés surmontant une paire de pantalons mous (le pantalon de maille, nous y revoilà). Chez Salvatore Ferragamo, qu’il soit très coloré ou mastic, le manteau éclipse les vestes et les costumes. Ainsi, le manteau cool se portera-t-il plutôt oversize et bien épaulé sur un corps maigre – comprendre: sans veste dessous.

Mais alors, ce manteau aura-t-il la peau du costume qui soutient la garde-robe masculine depuis un siècle? Bien sûr que non. Mais il va avoir son quart d’heure de célébrité, du côté des boutiques, des magazines et de H & M.

Le manteau, star de saison, oui. Mais pourquoi lui? Parce qu’il faut bien que les marques donnent envie d’acheter ce qu’on n’a pas ou plus. Parce qu’il incarne le désir de s’inventer une vie plus conforme aux idéaux de Stockholm, plus holistique, plus généreuse. Parce que que seraient nos vies sans manteau ni mentor?