La beauté des natures lentes

Audiovisuel Dans le cadre du Mapping Festival à Genève, Greco, Cazzato et Sponar présentent «Stun», chef-d’œuvre contemplatif

Autant le dire tout de suite, c’est une merveille au sens premier que l’on donne à ce mot: un objet qui frappe d’étonnement et kidnappe vos sens. Stun, court-métrage co-réalisé par le cinéaste Pascal Greco et la danseuse Stefania Cazzato et mis en musique par Goodbye Ivan (un des multiples noms de scène du talentueux compositeur Arnaud Ivan Sponar), touche à la beauté élémentaire, celle du froid, du sec et de l’humide: sur une petite trentaine de minutes s’enchaînent des plans lents, contemplatifs, captés dans une Hong­kong embrumée, dans les alentours de la Grande-Dixence ainsi qu’en Islande. Mélancolies urbaines et abstractions minérales devant lesquelles, de dos, Stefania Cazzato danse par esquisses, et au travers desquelles Arnaud Ivan Sponar tisse ses assemblages sonores englobants: piano, orgue, guitare baryton jouée à l’e-bow (un résonateur qui fait vibrer les cordes de manière continue en générant un champ électromagnétique) et sons synthétiques divers.

Tempo tellurique

De cette synthèse naît un objet sensoriellement déroutant, une forme d’éloge de la beauté lente: «Le film a été tourné entre 100 et 200 images par seconde, afin de poser une ambiance, un mood, explique Pascal Greco, du bout de son clavier. Avec le délicat exercice de donner du rythme pour tenir en haleine les spectateurs, alors que l’on tourne à une vitesse quatre à huit fois plus lente que la normale.» De fait, dans Stun, le tempo est tellurique – et le grain de l’image également: on est happé par le pointillisme maniaque qui détaille des strates rocheuses filmées dans la pénombre et par la synesthésie des sons granitiques qui accompagnent le plan; ailleurs, c’est une averse de grésil qui touche à la géométrie; ailleurs encore, c’est toute la masse bétonnée du barrage de la Grande-Dixence prise en contre-plongée qui vous écrase d’un accord de pédalier d’orgue; un peu partout, ce sont les mouvements de grande ampleur de Stefania Cazzato qui brassent l’idée d’une nature pour tout dire démesurée.

Stun sera présenté en version live ce mercredi soir et demain, dans le cadre du Mapping Festival, au temple de Saint-Gervais, à Genève. Ce sera l’occasion de donner une nouvelle ampleur à l’œuvre, particulièrement dans sa sonorité: Sabrina Morand tiendra le violon, Arnaud Ivan Sponar le piano et les machines, et Diego Innocenzi sera placé aux magnifiques orgues du lieu. Un juste retour: «En réalisant le film, Stefania et Pascal savaient déjà que les orgues de Saint-Gervais feraient partie de la bande-son», explique Arnaud Ivan Sponar. A dire vrai, on s’attend à voir des esprits s’échapper des tuyaux.

Stun, de Pascal Greco, Stefania Cazzato et Arnaud Ivan Sponar. Dans le cadre du Mapping Festival. Temple de Saint-Gervais, rue Terreaux-du-Temple 12, Genève. Me 13 mai à 21h30; je 14 mai à 21h30 et 22h45. Rens. 2015.mappingfestival.com