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«Disnovation.org» s’attelle à mettre en scène la face cachée de la technologie, celle qui imprègne nos pratiques.
© Gabriel Asper

Expo

Au Mapping festival, la face cachée de la technologie

Des écrans, mais aussi des livres de papier: à travers des oeuvres multiformes, l’exposition Disnovation.org propose un regard critique sur l'innovation

«Un hologramme anarchiste vise la domination technologique». Projetés sur le mur blanc, les mots défilent, rapides et réguliers, sous les yeux du visiteur intrigué. À l’origine de cette mystérieuse prophétie, pas de cyberspécialiste visionnaire...mais un robot. Ou plus précisément, un algorithme. Connecté au flux permanent de news, Predictive Artbot identifie les mots-clés récurrents dans les titres d’articles en ligne puis les assemble pour créer de nouvelles phrases (originellement en anglais).

En résultent des propositions étonnantes, inspirantes...et parfois un peu loufoques, comme ce «frigidaire psychédélique en souvenir de Donald Trump» ou même ce «dinosaure post-féministe révélant des informations sur une barre de savon».

Questionner la technologie

Force de proposition innovante ou imagination déviante? Une chose est sûre, Predictive Artbot interpelle, tout comme les sept autres œuvres qui composent Disnovation.org, exposition portée par le collectif d’artistes français du même nom et inaugurée jeudi dans le cadre du Mapping festival de Genève. Huit créations disséminées au premier étage de l’espace ACT, où l’on déambule dans une semi-obscurité seulement troublée par les halos d'écrans. Huit propositions pour questionner, confronter et penser la technologie autrement. 

«Dans tous les domaines de la société, l’innovation est constamment validée et promue. Plutôt que d’intégrer ce discours, nous souhaitons le problématiser et proposer un récit alternatif», explique Nicolas Maigret, co-fondateur de Disnovation.org. Au coeur du travail de ce collectif de jeunes, se servir de l'art pour pointer les "zones de friction" engendrées par le numérique.

À commencer par la violence qui accompagne parfois le progrès : sur un moniteur de la grande salle, un célèbre service de cartographie propose de suivre, au lieu d'un classique itinéraire en voiture, la trajectoire de missiles historiques dont le V2, lancé par les Nazis en 1945. «C’est une manière de rappeler d’où vient l’imagerie satellite, détaille Nicolas Maigret. Cette deuxième réalité vient hanter les technologies contemporaines, en l’occurence l’interface lisse qu’est Google Earth».

Téléphones étranges

Sans lui faire un procès, l'exposition s'attèle à mettre en scène la face cachée de la technologie. Celle que l'on vante moins mais qui imprègne pourtant nos pratiques. Au "cinéma pirate", des fragments de films se succèdent sur trois grandes toiles dans un rythme quasi-épileptique : autant de fichiers téléchargés que des internautes du monde entier s’échangent en direct. A donner le tournis.

Plus loin, un petit kiosque à l'enseigne lumineuse capte tous les regards. Shanzhai Archeology, c'est une petite exposition de drôles d'appareils made in China.«Ici, on a tous les mêmes rectangles tactiles, alors que ces téléphones-ci sont hybrides, loin des normes européennes. Nous voulions mettre en relief ces réalités parallèles et non-standardisées». Au milieu des modèles kitschissimes, on trouve par exemple un téléphone-rasoir ou un minuscule appareil conçu pour être dissimulé dans les manches des prisonniers. 

Au-delà du gadget

Disnovation.org, c'est donc évidemment une série d'écrans mais aussi des objets bien tangibles et même du papier (!), comme celui qui compose les Blacklists. Posés sur une simple table, six volumes, semblables à des encyclopédies, répertorient les adresses de deux millions de sites Internet dont l’accès a été bloqué par des Etats, des entreprises ou encore des universités.

Un livre dans une exposition de mapping, le choix peut surprendre. Et pourtant, c’est l’épaisseur de sa tranche noire qui frappe et permet de mesurer un peu mieux l'étendue de ces interdits du web. «L’idée n’était pas de nous servir de la technologie par défaut pour nos oeuvres, mais plutôt de nous en distancier lorsque cela servait le propos», souligne Nicolas Maigret.

Une approche plus réflexive des arts technologiques et numériques, c’est aussi le parti pris du Mapping festival de Genève, qui les fait rayonner depuis 13 ans en Suisse et à l’étranger. «Même si elles se démocratisent de plus en plus, ces disciplines sont encore souvent associées à un gadget, une prouesse technique plutôt qu’à un contenu artistique», constate Ana Ascencio, directrice artistique de la manifestation.

Pour cette nouvelle édition, les organisateurs du festival ont donc souhaité encourager le public à s'intéresser à ces outils tout en prenant un peu de recul, «à travers l’exposition Disnovation.org mais aussi un panel de discussions de deux jours avec des artistes, des designers et des curateurs».

A voir: Disnovation.org, du 11 au 28 mai à l’espace ACT, 28 rue des Bains. Entrée gratuite.

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