Océans

Marc Aymon et la menace plastique

Une année après sa découverte de l’île de Pâques, le chanteur a retrouvé la fondation Race for Water, qui œuvre à la préservation des océans, aux Philippines

Au printemps 2018, suite à sa participation au Forum des 100 du Temps, Marc Aymon devenait ambassadeur de la fondation Race for Water, créée et dirigée par l’entrepreneur et ingénieur vaudois Marco Simeoni. Son but: défendre des projets de valorisation des déchets plastique en énergie à travers un tour du monde réalisé dans un bateau fonctionnant à l’aide de panneaux solaires et d’une aile de kite, utilisés pour recharger aussi bien des batteries au lithium que des bouteilles d’hydrogène.

Sur le précédent voyage de Marc Aymon: «L'île de Pâques réveille en nous des émotions profondes»

Quelques mois plus tard, le chanteur valaisan rejoignait le projet Race for Water sur l’île de Pâques, où il constatait avec effroi les ravages de la pollution plastique. Ce qu’il relatait dans nos pages. Une année plus tard, il vient de passer vingt jours sur l’île de Palawan, au large des Philippines. Pour Le Temps, il revient sur cette deuxième expérience aux côtés d’une ONG qui a développé une machine révolutionnaire permettant de transformer les déchets plastiques récoltés sur les plages et zones littorales en énergie propre.

Continent pollueur

«Le navire de Race for Water, avec ses 512 m2 de panneaux solaires, provoque partout où il s’arrête des réactions enthousiastes. Il accueille notamment à son bord des classes afin d’alerter les nouvelles générations sur la pollution plastique, et d’insister sur l’urgence d’agir avant que les déchets plastiques n’atteignent les océans. L’île de Palawan, située au sud-ouest des Philippines, entre la mer de Sulu et la mer de Chine méridionale, possède une très importante biodiversité. Il s’agit d’une réserve écologique, d’une sorte de paradis vert. Mais les Philippines sont le plus gros producteur de déchets plastique d’Asie après la Chine et l’Indonésie. Quant au continent asiatique dans son ensemble, il produit 80% des déchets mondiaux! A Manille, 1 million de tonnes de déchets sont générées chaque année par les autochtones et les touristes, et seulement 1,2% de ces plastiques sont recyclés dans des produits fabriqués localement. Pour le reste, quelques gros industriels récupèrent les résines de plastique les plus courantes et les exportent vers la Chine.»

Initiatives officielles

«A chaque étape, l’objectif de Race for Water est de prendre connaissance de la démarche gouvernementale par rapport à l’environnement, et de rencontrer les acteurs locaux œuvrant contre la pollution plastique, dans le but de constituer un réseau. L’équipage a constaté que, parmi les îles visitées depuis le début de l’odyssée, Palawan est l’une des plus propres. Pourquoi? Parce que les habitants ont une vraie culture du nettoyage, ils ont pour habitude, tous les samedis, de récolter les déchets et de nettoyer les rues et les plages. Les autorités ont en outre mis au point un ingénieux système de collecte à l’aide de tuk-tuks qui passent devant chaque maison, incitant ainsi les habitants à garder leurs déchets pour les vendre. Les tuk-tuks amènent ensuite ces déchets dans des junk shops, où ils sont triés puis acheminés au port de commerce pour être envoyés à Manille, où ils sont alors préparés pour devenir des matières premières, en grande partie expédiées vers la Chine. L’île de Palawan produit chaque jour 300 tonnes de déchets solides, dont 175 tonnes parviennent à être récupérées. Le reste finit malheureusement dans la nature.»

Green Nido

«Parmi les personnes qu’on a rencontrées sur place, il y a une Suissesse, Judith Distal, qui travaille pour l’association Green Nido. Elle gère un «art café» qui vend des objets artisanaux et œuvre à la préservation d’El Nido, le site le plus touristique des Philippines, qui accueille plus d’un million de touristes chaque année, mais où les plages de la baie sont interdites de baignade à cause d’une contamination aux bactéries coliformes provoquée par les eaux usées non traitées. Judith organise tous les deux mois des nettoyages de plages qui permettent à chaque fois de récupérer plus de 800 kilos de déchets, mais aussi des plongées afin de récupérer des plastiques en profondeur. Sur les plages, au milieu des déchets, on trouve même des boulettes de mazout, c’est effrayant.»

The Plastic Flamingo

«Autre initiative privée intéressante, celle de François Lesage, un Français qui a fondé la société The Pink Flamingo, basée à Manille et qui travaille à la valorisation des déchets plastique. Il a notamment mis sur pied un réseau de points de collecte – dans des universités, écoles, entreprises, hôtels, immeubles, villages, supermarchés, couvents, hôpitaux. De gros sacs sont mis à disposition pour la récupération de plastique, sacs qui sont ensuite envoyés à son usine où, pour avoir un impact social, il n’emploie que des femmes. Les plastiques y sont triés et lavés afin de servir dans un second temps à la fabrication de planches et de poutres 100% recyclées. Ces matériaux plastiques peuvent alors servir à la fabrication de mobilier urbain, d’écoles ou d’abris d’urgence.»

Fondation Sulubaaï

«Nous avons rencontré un autre Français, Frédéric Tardieu, qui a créé sur la petite île de Pangatalan la Fondation Sulubaaï. Frédéric, qui est né à Marseille, a quitté la maison à l’âge de 15 ans. Il n’a aucune formation et a exercé une tonne de métiers différents, jusqu’à devenir promoteur immobilier et vendre 1000 appartements en une journée! A ce moment-là, il se demande comment il veut poursuivre sa vie, s’il veut se contenter de posséder une Porsche, d’assister à des courses de chevaux et de passer ses vacances à Courchevel – c’est vraiment lui qui me l’a dit. Il a alors trouvé cette île, qui appartenait à un diamantaire suisse, et s’est dit que la racheter lui offrait l’occasion de changer de vie.

Autour de Pangatalan se trouve un fabuleux écosystème, un concentré de nature incroyable. Avec la Fondation Sulubaaï, il a décidé de louer un espace sous-marin de 45 hectares, dont 20 sont dédiés à la recréation d’un habitat pour les coraux. Sur des supports en béton non polluant fabriqués sur place, il fige à l’aide de tiges métalliques des morceaux de coraux abîmés récupérés sur les récifs et les fonds alentour. En quelques mois, il s’est rendu compte que 50% de ces boutures arrivaient à repousser, ce qui est très encourageant. L’île, qui fonctionne à 87% à l’énergie solaire, est devenue un objet d’étude attirant de nombreux scientifiques. C’est d’ailleurs lui qui a invité Race for Water.»


Une voix à Bruxelles

Directeur du développement et des partenariats au sein de Race for Water, Philippe Gaemperle vient d’être nommé au sein de la Mission de l’Union européenne pour la santé des océans nouvellement créée. Il fait partie des cinq Suisses sélectionnés, aux côtés notamment de Bertrand Piccard, parmi 2000 candidatures. «Il s’agit d’une belle opportunité pour représenter et défendre la cause portée de façon pragmatique par Race for Water, et de nous faire entendre à Bruxelles», se réjouit-il.


Une bougie pour la bonne cause

Maître parfumeur chez Firmenich, l’Espagnol Alberto Morillas a créé pour Le Temps une bougie olfactive directement inspirée de sa perception du journal. «Je suis parti dans deux directions identitaires parallèles, explique-t-il. D’abord, sa dimension historique de journal papier de référence, sérieux, fiable, avec des notes boisées veloutées qui se veulent rassurantes, sereines. Ensuite, j’ai voulu évoquer l’ère digitale, high-tech, audacieuse et innovante, du journal avec un faisceau lumineux de molécules de synthèse type Calone, plutôt fraîches, fusantes, florales.» Les bénéfices de la vente de cette «Bougie Le Temps» seront reversés à la fondation Race for Water.

A commander sur boutique.letemps.ch

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