Touché au cœur. Marc Oosterhoff offre ce frisson au Théâtre du Loup à Genève jusqu’à dimanche. Une lame impitoyable qui transperce sa poitrine. C’est dire si la rentrée est fracassante pour cette scène genevoise distinguée récemment par un prix suisse de théâtre, décerné par l’Office fédéral de la culture. Avec Les Promesses de l’incertitude, ce danseur originaire d’Yverdon-les-Bains est sur orbite. En cinquante minutes à peine, l’athlète, 30 ans, diplômé de la section danse de la Manufacture à Lausanne, dessine son personnage, sur la crête d’une inquiétude métaphysique. Le ciel lui tombe sur la tête et c’est irrésistible.

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Le charme de Marc Oosterhoff, c’est une allure d’autrefois – moustache philosophique comme Nietzsche, blazer couleur chamois – qui dissimule un corps alpin, à l’aise à toutes les altitudes. Derrière sa console, le musicien Raphaël Raccuia a des accents graves en ouverture, mais on le soupçonne d’être facétieux. Marc Oosterhoff entre dans la farce de biais, une pile de cartons dans les bras. Il avance comme sur un glacier craquelé, un pas de travers et la glissade risque d’être fatale. Parviendra-t-il à rejoindre, tout au bout de la scène, un bureau très ordonné, digne d’un facteur de village? Ce qui était annoncé se produit: tout s’écroule dans un vacarme de caquelons.

Comme un chat de gouttière

Jouissance de la chute. Et plaisir de la vignette. Assis en pénitent derrière sa table, l’interprète a l’air penaud de K, le héros du Procès de Kafka. Il se sait condamné, mais il ignore par qui et au nom de quelle loi. Au-dessus de lui, sur toute la surface du plateau, des sacs en toile de jute promettent de l’assommer. Dans un moment, le jeu consistera pour l’interprète à échapper à ces masses, dans un swing d’automate déréglé. Puis, il tutoiera les cintres, à sept mètres de hauteur, comme un chat de gouttière.

Chancelant sur un pont à bascule, Marc Oosterhoff décline la fable de nos gaucheries avec une virtuosité qui en impose. On rit, on tremble, on fraternise. Voyez sa candeur quand il s’assied sur le sol pour lire, au hasard, Traité du désespoir, de Sören Kierkegaard. Il tient du bout des doigts une longue ficelle qui passe par une poulie: la fameuse lame du début y est suspendue. L’artiste se couche, pose l’ouvrage sur son cœur. Le poignard pourrait être assassin. Bonne nouvelle: le distrait a une chance de pendu. L’humour noir est une élégance morale. Marc Oosterhoff a de beaux jours devant lui.


Les Promesses de l’incertitude, Genève, Théâtre du Loup, jusqu’au 27 sept.; theatreduloup.ch