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Marc Riboud, photographié en 1989 à l’occasion de l’ouverture de l’exposition «L’instinct de l’instant», à Paris.
© AFP

Carnet noir

Marc Riboud, le géomètre humaniste

L’ancien reporter de l’agence Magnum est décédé à l’âge de 93 ans, alors que le festival Visa pour l’image expose ses clichés cubains

Il traîne un air de tristesse ce mercredi matin dans la vieille ville de Perpignan. Les milliers d’amateurs de photojournalisme viennent d’apprendre la perte de l’un des leurs, et pas des moindres. Marc Riboud est décédé mardi à l’âge de 93 ans, des suites d’une maladie de la mémoire. «Il est parti dans son sommeil, c’est son dernier voyage», commente son épouse au téléphone. Elle aurait dû arriver incessamment à Visa pour l’image, où les tirages cubains du reporter sont exposés; lui ne se déplaçait plus. Sentiment étrange que de les regarder avec un voile de deuil qui brouille un peu la vue.

En novembre 1963, le Français est à La Havane avec le journaliste de l’Express Jean Daniel. Ils passent une nuit avec Castro à discuter dans une chambre d’hôtel. Le lendemain, Jean Daniel se trouve avec le leader cubain au moment où il apprend la mort de John Fitzgerald Kennedy. Le récit de l’un et les images de l’autre feront le tour du monde. Les planche-contacts montrent comment Marc Riboud tournait autour de son sujet et multipliait les prises pour sélectionner finalement la construction la plus graphique, celle où les lignes se répondent.

Il était une figure de la photographie française, un représentant de cette école humaniste d’après-guerre

Dix ans plus tôt, le jeune homme, frère du fondateur de l’empire agro-alimentaire Danone, a obtenu sa première publication dans Life, pour son portrait d’un ouvrier en équilibre sur la Tour Eiffel. «Il a produit plusieurs images mythiques comme le Peintre de la Tour Eiffel ou la Fille à la fleur (ndlr, cette militante contre la guerre du Vietnam face à des soldats armés, devant le Pentagone), note Sam Stourdzé, directeur des Rencontres photographiques d’Arles. Il était une figure de la photographie française, un représentant de cette école humaniste d’après-guerre.» Selon Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l'image, Marc Riboud est même celui qui a produit le plus de clichés historiques.

«Il était courageux dans la vie et dans le travail»

La photographie, pourtant, ne s’est pas imposée immédiatement. Né dans la région lyonnaise en 1923, l’adolescent a pris ses premières photographies lors de l’Exposition universelle de 1937 à Paris avec le Vest- Pocket offert par son père. Mais il lui faudra passer par le maquis dans le Vercors, des études d’ingénieur et un premier emploi en usine pour se lancer. Le peintre de la Tour Eiffel, ou la Une de Life, lui valent une invitation par Henri Cartier-Bresson et Robert Capa à rejoindre la célèbre bande de Magnum. A partir de là, il documente l’Inde nouvellement indépendante, la Chine, le Japon, l’URSS, les émancipations algérienne et africaine.

En 1968, il part au Vietnam, au Sud mais également au Nord très difficile d’accès. «Il n’a jamais été d’un côté ou de l’autre. Il a voyagé en Israël et en Palestine, en URSS, aux Etats-Unis… Ce qui l’animait, c’était la recherche de la vérité, souligne son épouse Catherine Chaine. Il était courageux dans la vie et dans le travail, il avait beaucoup d’empathie pour les gens qui souffrent. En même temps, il aimait la beauté et la surprise visuelle, qu’il a cherchées avec enthousiasme toute sa vie durant.»

Il photographiait «comme on chantonne»

Riboud, ainsi, offre des noirs et blancs parfaits et des cadrages géométriques, tout en racontant une histoire forte. En sus, il pose un regard tendre sur le monde. «On disait qu’il avait un œil d’architecte tant il composait ses images, mais il cherchait également à donner du sens et de l’information. Il a toujours été préoccupé par l’état du photojournalisme et se souciait beaucoup de ce que produisaient les jeunes. J’ai fait partie de ceux qu’il a soutenus», se souvient Guy Le Querrec, compagnon de l’agence Magnum. Mais Riboud disait aussi qu’il photographiait «comme on chantonne», avec légèreté.

A Perpignan, un tirage montre un vieil homme plongeant son regard dans le décolleté d’une passante; il a su capter le coup d’œil à l’instant décisif. Riboud passait beaucoup de temps à errer, à la recherche de la bonne image. Dans le milieu, on le surnommait «le promeneur» et «le géomètre».

Président de Magnum de 1974 à 1976, il quitte le collectif en 1979, lassé par l’esprit de compétition. Dans les années 1980-1990, il retourne souvent en Asie et notamment en Chine, dont il documente les mutations pendant 40 ans. En 2008, il part aux Etats-Unis pour photographier l’élection de Barack Obama. Ce fut l’un de ses derniers voyages

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