Faut-il s'attendre au chef-d'œuvre? Mardi soir, Michel Plasson dirigeait l'Orchestre de la Suisse Romande dans une création d'un compositeur suisse. Né à Lausanne, Marc-André Rappaz a écrit deux œuvres qui reflètent son amour de la poésie chinoise – Haïku pour marimba et Jóng's first song pour violon et orchestre. Cet univers lointain a nourri Dialogues pour orchestre, commande de la Radio suisse romande Espace 2 créée au Victoria Hall de Genève.

Musique à programme? Quand Marc-André Rappaz parle de dialogues, c'est parce qu'il a eu des conversations avec des indigènes dans les jardins de Jinan et de Beijing. Avec eux, il s'est interrogé sur notre mode et notre art de vivre occidentaux, sondant par ailleurs les écarts entre l'Occident et la Chine. Mais c'est l'esprit plutôt que les dialogues eux-mêmes qu'il a voulu rapporter dans son œuvre.

Cela s'entend, son langage reflète une démarche personnelle qui a ses forces et ses limites. Le mariage des timbres, la luxuriance de l'instrumentation captent d'emblée l'oreille. Tout se passe à une échelle souterraine. L'orchestre se déploie en divers foyers d'activités – cordes, bois, cuivres, percussion – d'où émergent des vagues de sons qui s'entrechoquent. Des accords verticaux interrompent ce fourmillement. Des silences délimitent les espaces comme dans les jardins chinois (jardin à l'est, jardin à l'ouest…). Une énigme est posée, elle réclame une prise de conscience.

Un vaisseau symphonique

«Un jardin chinois ne s'offre jamais dans son ensemble à partir d'un point donné», commente Marc-André Rappaz. D'accord, mais les réponses ne viennent pas. Marc-André Rappaz a traité cet immense vaisseau symphonique comme une embarcation délicate. Et malgré la richesse des timbres, le tout dégage une impression plutôt monochrome. Les réponses restent embryonnaires, elles ne se précisent pas. Seraient-ce les limites du langage occidental?

Michel Plasson, lui, est un as pour camper des atmosphères langoureuses: il fait tituber les phrases dans ces Valses nobles et sentimentales de Ravel imbibées de champagne. Dommage que les cordes de l'Orchestre de la Suisse romande soient si peu fiables, notamment dans le Finale de la 1re Symphonie de Gounod. L'esprit est là, mais pas le fini orchestral.