Auteur avec Jean-Pierre Vernant d'ouvrages essentiels sur la Grèce antique, Marcel Detienne est devenu comparatiste, travaillant également sur les mythes des populations africaines ou amérindiennes. Sur la question, d'une actualité brûlante, de savoir qui a le droit d'occuper un territoire et en vertu de quelles lois, il développe un propos passionnant. Il vaut la peine de passer par-

dessus ses coquetteries de style franchement agaçantes car son érudition lui permet d'explorer un vaste champ, de l'Athènes du Ve siècle aux nomades d'Amazonie qui ne donnent pas de sépulture à leurs morts et se contentent de résidences éphémères. Le discours des origines que chaque groupe humain accroche à son «arbre à mythes» légitime les comportements vis-à-vis de l'autre. Ceux qui fondent la cité athénienne ou la citoyenneté à Thèbes sont longuement exposés par l'helléniste. Qui convoque même Kant: «Personne n'a le droit originairement de se trouver à un endroit de la terre plutôt qu'à un autre.»