Une saison hodlérienne

La marche Berne-Genève de Ferdinand Hodler, mythe fondateur

Jeune orphelin, le peintre serait venu à pied de son canton d’origine à sa ville de choix. Un périple jamais vraiment prouvé, mais qui fait partie de la légende

2018 marque le centenaire de la mort de Ferdinand Hodler. Chaque vendredi de l’été, «Le Temps» évoque des fragments de la vie de cet artiste complexe et passionnant.

Episodes précédents

Ferdinand Hodler au miroir du lac

La volonté de devenir peintre

Dans un pays aussi amoureux de son train, dont la compagnie nationale fait figure de ciment confédéral, c’est un comble: pour le déplacement qui a marqué le début de sa vie d’artiste, le peintre, Suisse s’il en est, Ferdinand Hodler a marché. Le fameux trajet de Berne à Genève, un jour de 1871, il l’aurait fait comme un errant, un vagabond, un pré-hippie. Les premiers biographes ont répété cette description d’un trajet pédestre, mais curieusement, personne n’a jamais précisé l’itinéraire: par Fribourg, le Plateau vaudois ou Neuchâtel?

Une «légende dorée»

Dans l’excellent catalogue de l’exposition Parallélisme, visible en ce moment dans les Musées d’art et d’histoire de Genève et au Kunstmuseum de Berne, Laurence Madeline relève que la biographie la plus copieuse du peintre ne tranche pas à ce sujet, observant un prudent silence. L’experte parle aussi d’une «légende dorée».

Le peintre aurait-il inventé son périple dans les paysages de Suisse occidentale, comme une traversée initiatique? Peut-être. L’analyste relève que d’autres épisodes de cette période rappellent des schémas classiques de l’apprentissage artistique, de la révélation de la vocation. De même qu’il fut acharné dans sa volonté à devenir peintre, à n’envisager nul autre type de travail et de création, il a possiblement fabriqué un petit récit des premiers temps.

Le périple avant l’apprentissage

Des années après, Hodler sera devenu bien plus sérieux, se faisant même parfois homme d’affaires et, à certains moments, figure tragique. Avant de se lancer dans l’art infini des paysages et des portraits, avant de se mettre à copier les maîtres pour apprivoiser la matière, dompter les outils et surtout affiner le regard, il fallait cette aventure fondamentale. La marche vers Genève apparaît comme le trajet inaugural, le scénario, vrai ou non, qui raconte l’artiste sur sa rampe de lancement symbolique. Comme le mythe fondateur, élaboré en traversant vallées, champs et bourgades. Une histoire quand même assez helvétique, finalement.

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