«La vente aux enchères du futur est arrivée!» Le slogan annonçant les ventes de Sotheby’s du 29 juin dernier donnait le ton. Organisées en pleine pandémie, ces enchères sans public ouvraient une nouvelle ère qui se préparait depuis plusieurs années déjà. Acquise en 2019 par Patrick Drahi, puissant entrepreneur ayant fait fortune dans les télécommunications, Sotheby’s a profité du confinement pour dévoiler son savoir-faire digital. Les connaissances acquises depuis les années 1990 par ce magnat des médias numériques, dans les réseaux câblés et plus récemment au sein de la chaîne d’information I24news, lui ont permis d’accélérer efficacement le processus de digitalisation de Sotheby’s.

Les expériences malheureuses de cette entreprise dans les ventes en ligne au tournant des années 2000 avaient engendré des pertes financières importantes. Une première tentative en partenariat avec Amazon ne durera que quelques mois avant que la bulle internet n’explose. Un second essai infructueux avec eBay échaudera le leader américain des enchères. Il faudra attendre plus d’une décennie pour que les ventes à distance et le processus de digitalisation de cette société, fondée au milieu du XVIIIe siècle, ne s’imposent avec prudence. Ayant appris de ses erreurs, Sotheby’s a laissé sa grande rivale Christie’s s’autoproclamer «ponte des nouvelles technologies». Cependant, la blockchain et autres cryptostratégies dont Christie’s se déclarait la championne se sont révélées bien inutiles en plein lockdown mondial.