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Jean-Michel Basquiat est entré, cette année, dans le gotha des artistes les plus chers au monde. Il est le premier artiste contemporain à avoir dépassé la barre des 100 millions de dollars, avec «Untitled», une œuvre de 1982, vendue en mai 2017.
© Don Emmert / AFP

Marché de l’art

Le marché de l’art retrouve le sourire

Le secteur a repris, en 2017, le chemin de la croissance. L’année a été émaillée de nombreux records, dont celui, stratosphérique, du «Salvator Mundi» de Léonard de Vinci, devenu le tableau le plus cher du monde

L’année 2017 restera dans les mémoires comme une année de reprise après deux ans de ralentissement. Les maisons de ventes anglo-saxonnes, leaders mondiaux du marché de l’art, affichent, toutes deux, des résultats en hausse. Christie’s, propriété de François Pinault depuis 1998, arrive en tête avec un chiffre d’affaires mondial de 5,7 milliards de dollars. Elle progresse de 30% par rapport à 2016, contre 13,1% pour sa concurrente et challenger, Sotheby’s, dirigée par Tad Smith, qui obtient un chiffre d’affaires total de 4,7 milliards de dollars.

L’année a bien démarré avec un premier semestre marqué par une hausse de 5,3% du produit des ventes aux enchères. «Ce rétablissement est essentiellement attribuable aux performances du marché américain dont le chiffre d’affaires enregistre une nette progression, de 28%», analyse Artprice, le leader mondial de l’information sur le marché de l’art. Les Etats-Unis (2,2 milliards de dollars pour les six premiers mois de 2017) et la Chine (2 milliards de dollars) sont au coude-à-coude depuis le premier semestre.

L’ascension de Basquiat

C’est l’art d’après-guerre (21% du marché en 2017 contre 8% en 2000) et l’art contemporain (15% du marché contre 3% il y a dix-sept ans) qui ont joué le rôle de locomotive sur les places de New York (42% du marché) et Londres (22% du marché) principalement, loin devant Paris (2,2%), Berlin (0,2%) et Rome (0,01%). En témoignent les bons résultats des ventes de Big Apple du mois de novembre. Sixty Last Suppers, un tableau réalisé par l’icône du pop art, Andy Warhol, répétant 60 fois, en noir et blanc, la Cène de Léonard de Vinci, a été adjugé 60,8 millions de dollars chez Christie’s tandis qu’un triptyque de Francis Bacon, Three studies of George Dyer, partait, chez Sotheby’s, à 38,6 millions de dollars.

Lire aussi: Thierry Ehrmann: «Le nombre de musées dans le monde explose»

Phénomène nouveau, un artiste contemporain, Jean-Michel Basquiat (1960-1988), est entré, cette année, dans le gotha des artistes les plus chers du monde, aux côtés des classiques de l’art moderne Picasso, Van Gogh, Modigliani et Giacometti. L’autodidacte, fils d’un père immigré haïtien et d’une mère portoricaine, roi du hip-hop pictural mort d’une overdose à l’âge de 27 ans, est le premier à avoir dépassé la barre des 100 millions de dollars. Untitled, une œuvre de 1982, acquise 19 000 dollars en 1984, s’est envolée à 110,5 millions de dollars en mai 2017 chez Sotheby’s. Elle a été emportée par un homme d’affaires japonais, Yusaku Maezawa, qui l’a acquise en vue d’enrichir son futur musée de Chiba, ville située à l’est de Tokyo.

Plus de 30% des objets et œuvres d’art que nous avons vendus en 2017 sont partis en Asie

François Curiel, président Europe et Asie de Christie’s

Les chefs-d’œuvre de l’art moderne, de plus en plus rares en mains privées, ont, eux aussi, poursuivi leur progression, comme le montre la pluie de records des ventes d’art impressionniste et moderne new-yorkaises de novembre: 81,3 millions de dollars pour Laboureur dans un champ de Vincent Van Gogh, 70 millions de dollars pour Contraste de formes, une œuvre de 1913 de Fernand Léger, 20 millions de dollars pour L’Empire des lumières, une toile de 1949 de René Magritte, 28,4 millions de dollars pour Les Amoureux de Marc Chagall.

L’univers dans sa paume

Plusieurs de ces tableaux ont été adjugés à un même acheteur asiatique. L’appétit des collectionneurs du continent asiatique ne se limite désormais plus à l’art chinois. Des pièces majeures, tant dans le domaine des tableaux impressionnistes et modernes que dans celui des tableaux anciens, des montres et des bijoux, ont été emportées par des collectionneurs asiatiques, chinois en tête. «Plus de 30% des objets et œuvres d’art que nous avons vendus en 2017 sont partis en Asie», souligne François Curiel, président Europe et Asie de Christie’s.

Du jamais-vu. Un sommet a été atteint lors de la vacation, organisée à New York le 15 novembre par Christie’s qui a totalisé plus de 785 millions de dollars de produit en une seule vente. Ce résultat s’explique en grande partie par l’enchère extraordinaire obtenue par Salvator Mundi. Ce tableau de Léonard de Vinci, peint vers 1500, a été habilement glissé dans une vente d’art contemporain, afin de titiller l’appétit des milliardaires et autres grands musées. La petite toile (65,7 x 45,7 cm), dans un médiocre état de conservation, s’est envolée à 450,3 millions de dollars. Ce Christ bénissant et tenant l’univers dans sa paume a pulvérisé le précédent record mondial attribué à Picasso (179,4 millions de dollars en mai 2015), avant de rejoindre le Louvre d’Abu Dhabi.

A lire: Le «Salvator Mundi» exposé au Louvre d’Abu Dhabi


En Suisse, Christie’s et Sotheby’s au coude-à-coude

Christie’s arrive en tête du marché suisse en 2017 avec un produit total de 263,3 millions de francs suisses dont 256 millions pour les dispersions de joaillerie, d’horlogerie et de vins. L’année a été marquée par la dispersion, au mois de novembre, de The Art of de Grisogono, le plus gros diamant jamais présenté aux enchères, adjugé pour 33,8 millions de dollars et par celle du Grand Mazarin, un diamant rose clair de 19,07 carats, parti à 14,5 millions de dollars. «Bien que New York et Hongkong se soient affirmées comme des places importantes pour la joaillerie, Genève demeure le numéro un mondial dans le domaine», claironne François Curiel.

Sotheby’s se place sur la seconde marche du podium avec un produit total de 259 millions de francs suisses dont 238,2 millions pour la haute joaillerie et 8,5 millions pour la haute horlogerie. L’auctioneer a vendu The Unique Pink, un diamant rose exceptionnel, pour 31,5 millions de dollars, et une paire de boucles d’oreilles, formées de deux spectaculaires diamants bleu et rose, à plus de 57 millions de dollars, un record mondial. «2017 a été une bonne année pour la joaillerie», insiste David Bennett, coprésident de Sotheby’s suisse et président du département de haute joaillerie au niveau mondial de l’auctioneer qui a ouvert, il y a un an, de nouveaux bureaux, rue Diday, en plein centre de Genève, dans le quartier des banques.

Sur le marché de l’art suisse, Sotheby’s (13,1 millions de francs suisses de produit en 2017) a obtenu l’enchère la plus élevée de l’année grâce à un tableau de Ferdinand Hodler, Le Lac de Thoune et la chaîne du Stockhorn en hiver, parti, le 5 décembre, à 4,2 millions de francs suisses, une enchère qui se rapproche du record du peintre, établi, en mai 2006 à Zurich, à 4,9 millions de francs.

La vente Christie’s d’octobre 2017 (7 millions de francs suisses) a, elle, été marquée par quelques belles enchères. La plus forte a couronné une toile d’Albert Anker de 1900, La Jeune Fille aux dominos, qui s’est vendue 1,5 million de francs suisses.

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