Après avoir passé trois ans dans une vallée perdue des Alpes avec pour seule obsession de croiser le regard des loups, un affût rapporté dans La Vallée des loups, gros succès public, Jean-Michel Bertrand reprend la piste. Avec pour objectif cette fois-ci de découvrir comment le canidé disparu de nos régions depuis quatre-vingts ans reconquiert ses territoires perdus.

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Il repère quatre cols praticables sur lesquels il dispose des caméras. Elles enregistrent le passage d’un jeune spécimen. Pendant deux ans, il remonte la piste de ces louveteaux solitaires, observe les empreintes et les déjections pour tenter de comprendre comment ils colonisent de nouveaux espaces.

L’aventure est devant la porte pour qui sait regarder. Né à Saint-Bonnet-en-Champsaur, dans les Hautes-Alpes, Jean-Michel Bertrand connaît la montagne. Il dort dans une encoignure rocheuse au cœur de l’hiver, brasse la neige, s’aventure sur une crête escarpée avec le pied sûr d’un bouquetin. Il fait de belles rencontres, comme un sanglier qui vient le renifler dans son sac de couchage ou des chamois cabriolant sur un névé. Il déterre quelques truffes pour agrémenter son omelette, car la nature se montre généreuse envers ceux qui la respectent. Ayant perdu la trace du loup, il s’ouvre à la beauté du monde, observe la danse aérienne des insectes, tire une guêpe de la toile d’araignée. Même l’humble limace s’avère gracieuse. Marche avec les loups dénonce en passant les outrages faits à la montagne, les forêts arrachées, les motards pétaradants, la neige artificielle pour les skieurs…

Revenant velu

Son périple entre Gap et Grenoble mène le cinéaste animalier de contrées sauvages en zones urbaines. Voici la ville et ses voitures. Un loup peut-il traverser cet amas de béton? Un spécimen s’est fait écraser par une voiture à Grenoble il y a quelques années. Le promeneur solitaire pactise avec un berger et ses chiens, qui vivent en harmonie avec le prédateur. D’autres ont la haine. Ils dressent au bord des routes des panneaux «Stop loup» décomptant les victimes ovines. Ils rêvent d’éradiquer le revenant velu. Ils sont dans l’erreur, ces légataires de l’obscurantisme médiéval qui craignait pour ses chaperons rouges et croyait que le gypaète enlevait les enfants… Car le loup se nourrit plus souvent de rongeurs et de myrtilles que de brebis. D’autre part, leurs populations s’autorégulent. Rappeler ces vérités a valu à Jean-Michel Bertrand de recevoir des menaces de mort…

Quittant les Alpes, le cinéaste entre dans le Jura. Il trouve abri dans une cabane proche de la vallée de Joux, feuillette un livre de Robert Hainard, croise un lynx et planque ses caméras. Elles enregistrent des images de loups, mâles et femelles, qui batifolent dans la neige et coursent une biche. Ils sont les premiers arrivés en terre vaudoise… Edité par La Salamandre, un livre richement illustré prolonge l’aventure cinématographique.


Marche avec les loups, de Jean-Michel Bertrand (France, 2019), 1h28.

Marche avec les loups, de Jean-Michel Bertrand et Bertrand Bodin, Salamandre, 128 p.