Cinéma

Marco Bellocchio: «Nous sommes tous des traîtres»

Le réalisateur italien, 80 ans ce samedi, signe avec «Le Traître» son premier film de mafia. Il y a retracé le destin de Tommaso Buscetta, figure influente de Cosa Nostra qui, dans les années 1980, décida de se repentir et de collaborer avec la police

En février 1986 s’ouvrait en Sicile, au tribunal de Palerme, ce que l’histoire retiendra comme le «Maxiprocesso». Un maxi-procès spectaculaire, hypermédiatisé et sous haute tension qui verra pas moins de 475 accusés comparaître pour divers crimes liés aux activités de la redoutable Cosa Nostra. A l’origine de ce procès historique, un homme: Tommaso Buscetta. Devenu un des cadres respectés de la mafia sicilienne, il décidera, voyant avec effroi le coût humain de la guerre des clans mais aussi, plus prosaïquement, afin de se protéger, de se repentir. Brisant le pacte de loyauté et de silence qui est au cœur du fonctionnement de la mafia, il se mettra comme on dit à table.

Alors que le cinéma a toujours eu tendance à humaniser les gangsters, Le Traître retrace le destin de Buscetta avec la distance nécessaire. Devant la caméra de Marco Bellocchio, le Sicilien est tour à tour un père de famille aimant, un salopard, un homme affamé de pouvoir, un repenti mû tout autant par un désir de vengeance que de justice. Bellocchio ne le juge pas, se contentant à travers lui de démonter les rouages du fonctionnement opaque de la mafia.