«Grâce à l'impulsion du président Raimondo Rezzonico, nous sommes parvenus jusque dans les hauteurs. Il faut maintenant affronter les difficultés de la plaine.» Entouré d'une partie de son équipe, Marco Müller, directeur du Festival de Locarno, poétisait, hier, pour remercier Raimondo Rezzonico et signifier dans la foulée que son remplacement, dès septembre, par le conseiller d'Etat tessinois Giuseppe Buffi correspond à un nouveau cap pour Locarno (lire Le Temps du 8 juillet). Les journalistes convoqués à Berne ont été d'emblée frappés par une autre métaphore en pénétrant dans la salle: tandis que Marco Müller négociait en anglais dans son téléphone cellulaire, Raimondo Rezzonico, 80 ans, sur la pointe des pieds, recollait le coin d'un panneau. Ecart inconciliable entre deux hommes, l'un brassant les langues comme les films, l'autre continuant, après un demi-siècle au sein du festival, à changer les ampoules. Du 4 au 14 août, Locarno 99 sera la dernière étape partagée par le sprinter Müller et le grimpeur Rezzonico.

«Nous sommes le seul festival en Europe qui annonce réduire son nombre de films», souligne Marco Müller. La réduction muscle les choix et soulage les viennent-ensuite. Cette 52e édition sera effectivement dominée par sa section Rétrospective. Dans les coulisses du festival, on ne cache pas que le cycle consacré, l'année dernière, à l'Italien Marco Bellocchio avait surtout servi, sauf son respect, à économiser de l'argent pour 1999. Le Léopard d'honneur 98, lui, remis au cinéaste Joe Dante, avait préparé le terrain: voici le retour de Dante, accompagné par la deuxième génération des réalisateurs nés, dans les années 70, des exigences et coups de folie du producteur Roger Corman, soit Paul Bartel, Jonathan Demme ou John Sayles. En tout, une centaine de films, dont des mises en perspective (de Tex Avery à la série B fifties) et des invités. Cette rétrospective frappadingue ouvrira le festival avec la projection, sur la Piazza Grande, de Matinee, bijou inédit en Suisse et signé Dante. Elle s'accompagnera d'un livre touffu au titre éloquent: Joe Dante et les Gremlins d'Hollywood.

Parmi ceux qui tenteront d'être autre chose que les satellites de Dante et des siens: Daniel Schmid pour un Léopard d'honneur au soir du samedi 7 août avant la projection de son dernier film, Beresina («Pour la première fois, le comité de programmation a applaudi à la fin d'une projection de sélection», a précisé Marco Müller, anticipant la réaction de ceux qui ont eu l'occasion de détester le film à Cannes); les vingt films en compétition signés Gérard Blain, Noémie Lvovsky, Yousri Nasrallah (produit par Youssef Chahine et écrit par Claire Denis) ou, pour la Suisse, Christof Schertenleib; le programme de Cinéastes du présent, table d'opération où le cinéma s'ausculte de mille façons, d'un documentaire sur David Cronenberg au bout d'essai qui incita Alfred Hitchcock à choisir Tippi Hedren pour Les Oiseaux. La copie restaurée du film scintillera par ailleurs sur la Piazza Grande vendredi 13, en présence de la comédienne. Derrière la rétrospective, on le voit, la voiture-balai aura de la compagnie tout aussi piquante.

Festival international du film de Locarno. 52e édition. Du 4 au 14 août. Renseignements: 091/756 21 21. Internet: www.pardo.ch