Volonté de transparence, effort de communication: l'Orchestre de la Suisse romande (OSR) a marqué des points, vendredi, à sa conférence de presse annuelle. Il y avait comme un soulagement dans l'air, car ses dirigeants ont énoncé sans ambages les objectifs auxquels l'orchestre et l'administration doivent encore satisfaire pour viser l'excellence.

Car la partie n'est pas gagnée. Marek Janowski, nouveau chef titulaire, a mis cartes sur table en livrant ses impressions au terme de sa première saison à la tête de l'orchestre: «J'ai constaté après mes premiers mois à l'OSR que, malgré une grande volonté de bien faire, le chemin avec les musiciens pour améliorer la qualité de l'orchestre est plus long que prévu. Il faut que les musiciens me soutiennent. Un chef ne peut pas sortir un truc tout fait de sa poche. Je dois aussi trouver un moyen d'effectuer ce chemin commun avec les musiciens.» Voilà un discours franc, honnête, qui tranche avec la langue de bois de son prédécesseur Pinchas Steinberg, enclin à se réfugier derrière de gros cigares.

S'il n'a pas voulu détailler toutes les causes qui rendent la tâche ardue, Marek Janowski a insisté sur la surcharge de travail qui incombe aux musiciens. «Entre les répétitions, les concerts symphoniques au Victoria Hall et les soirées dans la fosse de l'opéra, ils ont beaucoup à faire - sans parler de toute la préparation personnelle chez soi.» Et d'opérer une distinction entre le «résultat final artistique» et le «travail d'artisanat» en amont que réclame le métier de musicien d'orchestre. «L'OSR a un potentiel qui n'est pas encore suffisamment exploité.»

A l'issue de la tournée de l'OSR aux îles Canaries, en février dernier, Marek Janowski a d'ailleurs réclamé un résultat supérieur de la part de ses musiciens. Ce qui avait occasionné toutes sortes de rumeurs. «Aucun chef auparavant n'avait exprimé aussi ouvertement sa vision personnelle, explique Hans-Walter Hirzel, chef d'attaque des seconds violons, actif depuis vingt-neuf ans dans l'orchestre. Sur le coup, c'était un peu douloureux, mais salutaire. J'aime beaucoup sa façon de travailler. Marek Janowski est un chef rigoureux, mais très clair, sans compromis. Il est capable de donner beaucoup d'impulsions musicales au concert pour aller au-delà du travail des répétitions, mais aussi de montrer par un clin d'œil sa satisfaction aux musiciens.»

Metin Arditi, président de la Fondation de l'OSR, a brandi des chiffres pour étayer la surcharge de travail. «Aujourd'hui, un musicien tuttiste, c'est-à-dire un musicien de rang de l'OSR, joue, par année, 328 services. Son collègue de l'Opéra de Zurich doit en fournir 305, celui de l'Orchestre de Bâle 300, celui enfin de la Tonhalle 285.» Le salaire d'un tuttiste à l'OSR par service est pourtant inférieur: à titre de comparaison, «le musicien de la Tonhalle perçoit, pour un même travail, 31% de plus que celui de l'OSR», précise Metin Arditi.

Faut-il peindre le diable sur la muraille? Taux de remplissage record aux concerts au Victoria Hall (94%, strapontins compris), 5000 abonnés au lieu de 2500 il y a six ans: l'OSR navigue avec un budget équilibré. Les salaires ont même été réindexés. Mais les pouvoirs publics genevois traversent un tel marasme financier qu'il est impossible de tabler sur une augmentation des subventions dès l'an prochain.

Tournées à l'étranger (Concertgebouw d'Amsterdam, Musikverein de Vienne...), enregistrements discographiques (la Symphonie de Chausson et la Symphonie en ré mineur de Franck pour Pentatone), présence accrue de Marek Janowski (31 concerts): la saison 2006-2007 multiplie les beaux projets. La fermeture du Victoria Hall pour des travaux de rénovation de mai à décembre explique le décloisonnement des concerts au Grand Théâtre pendant l'automne.