Taux de remplissage stable, nombre d’abonnés en augmentation constante (jusqu’à atteindre un seuil difficilement extensible), politique discographique très active: l’Orchestre de la Suisse romande (OSR) «se porte bien», selon Metin Arditi, président de la Fondation de l’OSR. L’orchestre est toujours en recherche d’un futur chef permanent. Le patron actuel Marek Janowski – qui jusqu’ici s’était tu – s’est largement exprimé sur les circonstances de son départ anticipé en 2012 lors d’une conférence de presse vendredi matin. Marek Janowski se déclare satisfait des progrès «évidents» avec les musiciens. Ce n’est donc pas un conflit d’intérêt ni «une déception» qui l’ont conduit à sa décision.

C’est davantage lié au profil de l’orchestre. Cumuler une activité symphonique et une activité lyrique à parts égales pour un orchestre n’est pas la formule idéale selon lui. Marek Janowski – qui en a profité pour rectifier l’image de «bâtisseur d’orchestre» qui lui colle à la peau – préfère les orchestres à vocation symphonique. Et de citer l’Orchestre philharmonique de Radio France, qu’il a dirigé pendant quinze ans (de 1984 à 2000), et le Rundfunk Sinfonieorchester à Berlin, dont il est chef permanent à vie. «De temps en temps, ces musiciens ont le plaisir de jouer à l’opéra, mais ce n’est pas leur activité principale.» La double casquette de l’OSR – inhérente à la situation de Genève – n’est pas la plus favorable pour envisager une «progression qualitative» à long terme. «Si l’OSR avait été un orchestre purement symphonique avec des séries symphoniques chaque semaine, j’aurais fait le mandat jusqu’en 2015», a finalement lâché Marek Janowski.

Pour que le fossé entre l’activité symphonique et l’activité lyrique soit le moins dommageable à l’orchestre, l’équipe dirigeante de l’OSR et le nouveau directeur du Grand Théâtre, Tobias Richter, envisagent d’engager un chef à même d’assurer un à deux ouvrages par saison à l’opéra. Mais tout dépend de la personnalité du futur chef, de ses disponibilités, de l’entente avec Tobias Richter (lequel a le dernier mot à l’opéra) pour partager une même ligne artistique.

Le processus de sélection du futur chef est en cours. Les musiciens de l’OSR sont désormais impliqués dans ce processus. Un nouveau protocole, à finaliser ces prochains jours, prévoit que la nomination du futur chef passera par un vote des musiciens, à la différence près que la personnalité élue devra obtenir plus de 60% des suffrages, et non 50% comme c’était le cas jusqu’ici. «C’est une marque de confiance du conseil de fondation aux musiciens», a précisé Metin Arditi.

Le grand compositeur autrichien Gustav Mahler (centenaire de la mort) sera à l’affiche de la saison 2010-2011. Marek Janowski dirigera les 2e et 3e Symphonies, avec le Rundfunkchor Berlin et le Schweizer Kammerchor et d’ excellentes solistes (dont Waltraud Meier). Le chef titulaire a avoué entretenir une relation «ambiguë» à l’oeuvre symphonique de Mahler. Contrairement à Bruckner, dont il a toujours été un fervent avocat (les 8e et 7e Symphonies seront enregistrées en avril et en juillet sous le label PentaTone), il préfère se concentrer sur les premières cinq symphonies.