Il avait un air d’adieux, ce dernier concert de tournée de Marek Janowski devant l’orchestre de la radio de Berlin. Le public genevois, que le chef a fréquenté pendant sept ans à la tête de l’OSR jusqu’en 2012, n’a pas voulu le laisser partir sans un dernier «encore». Après la 8e Symphonie de Beethoven et les cinquante minutes intenses de la 3e Symphonie de Bruckner (la «Wagner»), Janowski n’a pas résisté. Il a offert le Prélude du 3e acte des Maîtres chanteurs de Wagner, avec son bouleversant thème du Wahn, dont le motif de la Profonde Emotion puise au tréfonds de l’âme.

Ce bis à la tonalité crépusculaire arrivait après deux compositeurs que le chef a défendus à l’OSR de façon parfois éblouissante. On n’a donc pas pu s’empêcher de fouiller dans le passé et de s’adonner à l’exercice des comparaisons. Qu’en ressort-il?

Il est chez lui dans le monde de Bruckner

Que décidément, Marek Janowski est chez lui en brucknérie. Et que l’intégrale qu’il a laissée à l’OSR confirme bien son tempérament de grand constructeur symphonique. L’art du mouvement dans l’immobilité n’est pas donné à tout le monde. Janowski le possède à un degré supérieur. Avec un sens exemplaire de la structure, de la dilatation sonore, de la rupture abrupte de ton et de la volte-face affective. Le tout assorti d’une avancée et d’un déploiement dynamique qui semblent sans limites.

Quelle différence avec l’orchestre romand? D’un côté, la discipline berlinoise et la compacité des pupitres libère des élans tranchants sur une vision parfois aveuglante de clarté dans Bruckner. De l’autre, il y manque une forme de la sentimentalité genevoise plus arrondie, et de miroitements plus attendris des couleurs. Mais dans les deux cas, la même puissance de souffle soulève la monumentalité de la partition.

Quelques flottements chez Beethoven

Du côté de Beethoven, par contre, la faiblesse des cors et quelques flottements surprenants entre les pupitres ont déstabilisé la prestation de musiciens qui semblaient peiner à s’adapter à l’acoustique résonnante du Victoria Hall. Et le ton du chef est apparu par trop cassant.

Mais peut-être Marek Janowski, aussi rigoureux et dur puisse-t-il parfois être, a-t-il été touché par le fait retrouver cette salle longuement pratiquée avec l’OSR, auquel il avait fini par s’attacher? Ce concert de Migros Classics, donné en exclusivité genevoise, a en tout cas révélé des interprétations et des sentiments d’une grande force, tant sur scène que dans la salle.

En 2014: Marek Janowski à Lausanne