Genre: Entretiens
Qui ? Marguerite Duras, Leopoldina Pallotta della Torre
Titre: La Passion suspendue
Trad. de l’italien par René de Ceccatty
Chez qui ? Seuil, 192 p.

Marguerite Duras n’a guère besoin de publicité, au moment où la journaliste italienne Leopoldina Pallotta della Torre veut la rencontrer. Elle a publié L’Amant, en 1984, qui a connu un succès fulgurant. Pourtant, elle acceptera, bon gré mal gré, de se livrer. Est-ce la traduction? Est-ce la pugnacité de Leopoldina Pallotta della Torre? Marguerite Duras apparaît, dans ce livre d’entretiens – réalisés entre 1987 et 1989 et jusqu’ici inédits en français –, comme dépouillée de l’encombrante image qui lui colle alors à la peau en France. Ses réponses sont précises, pleines d’informations; elle sort du rôle de pythie sociale dans laquelle les médias français l’enfermaient et où elle semblait parfois se complaire.

Certes, elle conserve un côté sententieux et poseur. Elle se montre, par exemple, très péremptoire sur certains sujets, dont l’homosexualité: «Il manque à l’amour entre semblables cette dimension mythique et universelle qui n’appartient qu’aux sexes opposés.» Et d’en profiter pour épingler Roland Barthes: «Comme écrivain, quelque chose l’a toujours limité.» Mais là n’est pas l’essentiel, car la romancière revient longuement sur son travail. A cette Italienne qui connaît remarquablement son œuvre, elle se raconte dans l’écriture: «Ecrire, ce n’est pas raconter une histoire, mais évoquer ce qui l’entoure, on crée autour de l’histoire un instant après l’autre.» Et plus loin: «Je laisse les liens s’opérer à mon insu.» Elle parle de son style: «Une aspiration à l’économie de l’écriture, à un espace géométrique où se tient toute parole dans sa nudité.» A cette journaliste étrangère, qui insiste pour la voir, qui revient à la charge et qui ne se décourage pas lorsque Marguerite Duras joue les grandes dames, elle finit par se livrer. Des images de son enfance: «Tout le paysage de mon enfance, d’ailleurs, est comme un immense pays d’eau.» Des explications sur ses engagements politiques: «Je suis encore une communiste qui ne se reconnaît pas dans le communisme.» Pas de révélations dans ce texte destiné à ses admirateurs, mais une Marguerite Duras à retrouver, tranquillement.