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débuts

Marguerite Duras au Ministère des colonies

Il faut bien commencer quelque part.

Il fait chaud, trop chaud. C’est Florence, l’été. Ecrasant. Tandis que sa compagne s’épuise en visites touristiques, un homme lutte contre la canicule dans une cafétéria. Il ressasse, pense à sa vie de fils de colon devenu employé au Ministère des colonies. Une première révélation devant un ange de Fra Angelico. Puis une seconde, dans une rivière fraîche, la Magra, et enfin, apparaît une Américaine à bord d’un yacht… il se décide finalement à tout laisser tomber: «Ça n’a l’air de rien de quitter un emploi stable, fût-il le dernier, celui de rédacteur 2e classe, Ministère des colonies, eh bien, moi, je savais que – surtout après huit ans – pour ce faire il fallait, ni plus ni moins, de l’héroïsme.»

Ce début du Marin de Gibraltar n’est pas sans lien avec le premier emploi de son auteur, avec Marguerite Duras. Marguerite Donnadieu, née le 4 avril 1914 à Saïgon, débarque à Paris en octobre 1933 pour y faire son droit. Diplômée, elle est recrutée au Ministère des colonies en 1937. Comme ses parents avant elle, elle entre dans la fonction publique… Elle rejoint d’abord le service intercolonial d’information et de documentation, puis en septembre 1938, le «service de propagande de la banane française» comme auxiliaire pour 1500 francs par mois. Puis, elle s’occupe du thé, pour revenir enfin à l’information. La jeune femme est vive, excellente rédactrice. On lui propose de travailler aux discours du ministre, Georges Mandel.

C’est lui qui lui commandera son premier livre, L’Empire français. Il paraît signé par Philippe Rocques, proche collaborateur du ministre, et Marguerite Donnadieu, en 1940 chez Gallimard. L’ouvrage est dévolu à la cause coloniale. L’«indigène», en particulier africain, y est décrit comme «encore en enfance» et les peuples colonisés ne sont pas jugés dignes d’être représentés politiquement. Le ton est ultra-conservateur. Marguerite Duras s’efforcera plus tard de faire oublier cette erreur de jeunesse. Il n’empêche que cette expérience lui ouvre un chemin vers le monde de l’édition. En 1941, c’est à Gallimard qu’elle envoie son premier roman. Jugé, malgré ses qualités, plein de maladresses, le texte est refusé et finit par paraître chez Plon. Mais l’aventure lui permet de rencontrer Raymond Queneau, lecteur chez Gallimard qui publiera son second livre, La Vie tranquille fin 1944.

Pendant la guerre, Marguerite Duras quitte le ministère pour la commission de contrôle du papier, qui répartit cette matière entre éditeurs, sous l’œil de l’occupant. Expérience ambiguë mais de courte durée. Marguerite Duras ne quittera plus le livre, devenant ensuite éditrice et surtout romancière. Avec Un Barrage contre le Pacifique en 1950, qui revient sur son enfance coloniale, elle obtient un contrat pour dix livres chez Gallimard. En 1952, dans Le Marin de Gibraltar, elle fera à travers ce personnage dégoûté de l’idéologie colonialiste et du fonctionnariat, à la fois une critique voilée de son passé et le portrait détourné d’un destin qui aurait presque pu être le sien.

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