Un souffle qui ne ressemble à rien de connu. Un timbre éthéré, une force implacable dans ce petit corps né au monde pour offrir une voix à la cause lapone, généralement muette. Il y a quelques années, elle justifiait à elle seule l'achat de l'album Twelve Moons de son compatriote Jan Garbarek. Dans une musique glaciale, figée dans un esthétisme new age, Mari Boine craquelle la masse immobile et pousse Garbarek à explorer des fissures qu'il n'imaginait plus.

Depuis cette rencontre initiatique, Mari Boine cavale seule. Sur la même voix. Une voix semblable à l'azote. D'un froid qui consume l'être entier. Elle glisse doucement sur cette onde scandinave que le studio Rainbow de Oslo et son ingénieur omnipotent Jan Erik Kongshaug a émise un jour. Depuis, navires et bacs éléphantesques exportent autre chose que des peaux de phoques. Egalement des tonnes de disques. Ceux de Garbarek, Terje Rypdal ou Nils Peter Molvær.

Mari Boine profite de cette tendance, l'utilise, la déconstruit. L'ethnie lapone devient le terreau de ses rages intimes. Elle souhaite lui offrir un lieu protégé. Qui ne soit pas une réserve. Un lieu d'où cette musique née dans les frissons puisse envahir les terres ensoleillées. Sa maison sise au nord du Nord, est un eldorado secret. Comme l'est probablement l'Islande pour Björk.

Mari Boine est de ces artistes qui susurrent leur succès, qui n'y croient pas vraiment. Lorsqu'à Montreux, au milieu des badauds ébahis, quelqu'un la reconnaît et lui demande un autographe, elle est surprise. Puis s'avise ensuite que sa musique a désormais dépassé les frontières de son terrain de jeu. Et que sa voix de cristal touche au cœur les publics d'ici et d'ailleurs.

Mari Boine en concert, Festival de Jazz de Montreux, ce soir dès 21h.