Elle n'apparaît que rarement. Il est arrivé, y compris à Montreux, qu'elle renonce à se déplacer. Moins par malice que parce qu'une prêtresse du candomblé le lui avait déconseillé. Au Brésil, on la compare à Greta Garbo, encore de ce monde et déjà en fuite.

Maria Bethânia s'est cette fois laissée tenter par un ami, un chanteur contraint à l'exil à 30 ans, ministre de la Culture à 60. Avec Gilberto Gil, elle sait que les regards du public seront partagés entre leurs deux corps vêtus de blanc. Elle en est soulagée.

Plus personne ne sait très bien qui est Maria Bethânia. Une égérie de la contre-culture que des premiers albums racés (Alibi, de 1978, reste un pic de la musique populaire brésilienne) ont élevée au statut d'intouchable. Une poétesse sorcière, proche en fait de Nina Simone, avec laquelle elle enregistrait un Canto do Pajé aux flammes redoublées. De son frère aîné, Caetano Veloso, elle n'a pas retenu la légèreté de l'être ni la nécessité du faire. A 57 ans, elle sillonne entre ses éclipses. Cela dit, rien ne saurait détourner celui qui a une fois entendu cette voix saline de ses retours équivoques.

Gilberto Gil & Maria Bethânia. Auditorium Stravinski, dès 20 h 30. «www.montreuxjazz.com»