Cinéma

«Maria by Callas»: la femme derrière l’icône

A travers riches archives et arias sublimes, ce documentaire brosse le portrait intime de la plus idolâtrée des cantatrices

Elle prévient d’emblée: «Il y a deux personnes en moi, Maria, mais aussi la Callas.» Elle est pleinement la première, mais hélas! aussi la seconde, et elle eût tant aimé pouvoir renoncer à cette glorieuse dualité qui l’épuise. Humblement, elle confesse qu’elle aurait voulu «avoir une famille et des enfants, c’est le destin de toute femme. Mais je suis rentré dans ce destin [de chanteuse], et on n’en sort pas»…

Maria Callas (1923-1977) a sacrifié son enfance et investi toute son énergie pour satisfaire à l’ambition d’une mère sévère: devenir la plus grande cantatrice de son époque. Dans les années 50, sa tessiture exceptionnelle, sa virtuosité, son talent de tragédienne mettent le feu à l’art lyrique. Elle se produit sur les plus grandes scènes, sublimant les œuvres de Spontini, Verdi, Puccini, Bellini, Cherubini…

L’amour, ce vautour

La Callas chante jusqu’à épuisement de ses forces. Un jour, elle se retrouve aphone à la fin du premier acte; la représentation est annulée et, toujours prêt à brûler ce qu’il a adoré, le bon peuple se déchaîne. Des journalistes dont l’agressivité n’égale que la stupidité assaillent l’icône de questions auxquelles elle oppose une gentillesse désarmante.

A la fin des années 50, elle rencontre Aristote Onassis et, prenant quelque distance avec sa carrière, s’adonne aux joies de la jet-set auprès de l’armateur grec. Le goujat lui porte un coup rude en épousant Jackie Kennedy et la presse boulevardière fait ses choux gras des infortunes sentimentales de la diva. Qui meurt, épuisée moralement et physiquement, à l’âge de 53 ans. «L’amour est un oiseau rebelle» (air connu), un vautour parfois…

Fanny Ardant, lectrice au sommet

Documentaire de montage, Maria by Callas propose une mosaïque d’archives visuelles et sonores, mêlant performances scéniques, entretiens télévisés, conversations amicales avec Pasolini sur le tournage de Médée, bandes d’actualité, voire home movies… Il a l’élégance de faire entendre in extenso plusieurs arias de la soprano. En off, Fanny Ardant lit des extraits de la correspondance de Maria Callas. Passionnée d’opéra, la comédienne française trouve le timbre et la diction justes. Bouleversante, elle atteint à l’excellence.

La voix de la Callas transit une nouvelle fois les asticots que nous sommes. Drapée de gloire, statufiée au pinacle de l’art lyrique, l’inaccessible étoile révèle sa part d’humanité, voire d’espièglerie enfantine quand elle fait un clin d’œil à un clown et file une tape amicale sur la croupe d’un éléphanteau au Gala des artistes. Elle n’en est que plus admirable.


Maria by Callas, de Tom Volf (France, 2017). 1h53.

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