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Le mariage, ce plus beau jour qu’on adore détester

Dans «La joie des autres», à voir à Lausanne dès ce jeudi, Philippe Soltermann ausculte les mesquineries que les noces exacerbent. Piquant et émouvant

Qu’est-ce qui est blanc, prétendument extatique et finit souvent en psychodrame hystérique? Vous avez trouvé: dans son prochain spectacle, La joie des autres, Philippe Soltermann parle du mariage. A travers trois figures clés. En plus de l’heureuse élue (Camille Piller), il place face à face la sœur de la mariée (Anne-Catherine Savoy), reine des noces tip-top, et un célibataire endurci (Frank Semelet), meilleur ami du futur mari qui vit comme une trahison l’embourgeoisement de son pote. Mais encore, Philippe Soltermann saisit l’occasion de cet événement à forte charge émotionnelle pour évoquer la mesquinerie, une thématique qui lui est chère. «Cette manière très helvétique de sourire devant et de médire par-derrière», détaille l’auteur et metteur en scène de cette comédie à découvrir dès ce jeudi 4 octobre, au CPO à Ouchy.

Philippe Soltermann, pourquoi parler de ce sujet volcanique qu’est la fête de mariage?

Tout est parti d’Anne-Catherine Savoy. J’adore cette comédienne qui a un talent fou, peut passer du drame au rire en un quart de seconde et déborde de sensibilité. J’ai écrit ce personnage de sœur à cran et hyper investie dans l’organisation pour elle. De la même manière, je travaille régulièrement avec Frank Semelet et j’ai aussi imaginé le personnage du témoin dégoûté par le mariage en pensant à lui. Dans le texte, c’est vraiment un type arrogant qui passe ses journées à écouter Pink Floyd et se demande comment on peut encore se marier aujourd’hui…

C’est votre avis? Vous avez la même réticence?

Non, je n’ai rien contre le mariage et, question fêtes, j’aime plutôt les liesses collectives. Rien ne me fait plus plaisir qu’une salle de théâtre qui rit ou pleure à l’unisson. Je n’ai donc pas de dent particulière contre l’union de deux personnes, même si parfois il y a vraiment trop de surenchère dans les préparatifs et que les noces font ressortir de vieilles rancunes. Du point de vue de l’écriture, c’est une situation tellement explosive qu’elle donne plein d’opportunités de jeu. La pièce va à toute vitesse, travaille sur la surchauffe.

Vous êtes un passionné de musique et de chanson française. Ces éléments seront-ils présents sur scène?

Oui, à travers un karaoké qui donnera l’occasion aux comédiens de démontrer leur talent de chanteurs! J’aime la musique, car elle amène de l’émotion et embarque le spectacle dans une autre dimension, plus abstraite, plus intime.

Peut-on dire de «La joie des autres» qu’il s’agit d’une comédie?

Oui, mais douce-amère. Je n’aime pas le style potache, avec des gags à la seconde, parce que ce type d’écriture ferme trop le sens. Ici, nous avons beaucoup travaillé le jeu pour que les personnages évoluent au fil de l’histoire et, dans l’écriture, je me suis permis quelques délires… On n’est pas dans la satire au premier degré.


La joie des autres, du 4 au 7 octobre, CPO Ouchy, Lausanne.

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