Pour son film de fin de diplôme du DAVI (Département audiovisuel de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne), Jeanne Berthoud – 28 ans le 3 avril prochain – avait d'abord l'intention de faire un documentaire sur un cabinet de détectives privés en Valais. Après y avoir travaillé de longues semaines, la jeune femme abandonne son projet. «On ne me laissait pas avoir accès à l'information.»

La chance est pourtant de son côté. Quelques jours plus tard, en faisant un feu de cheminée, Jeanne Berthoud tombe sur une petite annonce ainsi libellée: «Centre commercial de la banlieue de Berne cherche des candidats pour devenir le couple idéal. Les lauréats du concours gagneront un mariage, tous frais payés, célébré religieusement à l'intérieur du centre commercial.» Aussitôt, l'étudiante téléphone au responsable marketing du «Shoppiland» pour lui demander l'autorisation de filmer les différentes étapes de cette campagne de promotion. Voyant dans cette requête un bon moyen de se faire de la pub, le directeur lui donne carte blanche.

Trois mois plus tard, l'étudiante dispose de 35 heures de rush, dont elle retient 52 minutes de film. Cinquante-deux minutes de drôlerie et d'intelligence pures, sans mépris ni jugement sur ses interlocuteurs. «Cela aurait été facile de porter un regard blessant sur ces gens, responsables de marketing ou candidats. A aucun moment, je ne les ai enfoncés. Ce qui m'intéressait, c'était de voir comment chacun se faisait prendre dans le piège de son propre engrenage.»

Tout est si bien construit et mis en scène, les détails si bien observés et les dialogues tellement pertinents, que Darf ich mal schreien donne l'impression d'être une fiction. «Les gens n'avaient pas conscience d'être filmés. On essayait d'être le plus discret possible pour qu'ils ne sachent pas quand la caméra tournait. Ils nous ont fait absolument confiance. Je remercie le DAVI de nous avoir formés à la fois à la fiction et au documentaire. Cela m'a beaucoup servi dans mon travail.»

Darf ich mal schreien a été sélectionné pour le festival du film documentaire de Paris. Et même s'il a déjà été projeté à Soleure, Jean Perret a décidé de le prendre malgré tout dans le programme de Visions du Réel qui se déroulera en avril prochain. Pendant ce temps, Jeanne Berthoud travaillera sous la direction de Jean-François Blanc, qui a démissionné du DAVI pour monter un projet cinématographique autour d'Expo. 01. «Il s'agit de donner carte blanche à de jeunes réalisateurs pour enregistrer une mémoire de l'Expo, mais en simultanéité avec l'événement. Pour l'Expo de 1964, par exemple, nous ignorons tout de la manière dont les gens ont réagi à l'époque. L'idée est de partir du prétexte de l'Expo pour capter la température de la Suisse.»

Bernoise d'origine, Lausannoise d'études, Jeanne Berthoud a la passion des voyages et des langues. Après avoir passé deux ans à Saint-Pétersbourg, elle entend aller là où les propositions seront les plus alléchantes. «En France, par exemple, où le cinéma est un des plus vivants d'Europe.» MCM