Rien de plus évident, quant à la forme, qu'un fauteuil, qu'une table, qu'une fenêtre ou qu'un lit. Rien de plus habituel; tant ces éléments appartiennent au décor quotidien et le façonnent. Rien de plus convenu aussi; sauf quand les designers s'en emparent. Ou que les artistes s'en mêlent.

Lorsque le visiteur entre dans la grande Salle Poma du Centre PasquArt, à Bienne, les dix sculptures qu'il y découvre le surprennent par leurs configurations inattendues, par les étonnantes associations de matières (marbre, plexiglas, bitume, chrome) qu'elles mettent en jeu. Mais l'installation a un air de familiarité qui dit immanquablement quelque chose à ce visiteur. Impression confirmée par l'intitulé, Intérieur, qui désigne l'ensemble. Et par la dénomination de chacune des différentes pièces: Sessel (1994), Cheminée (1994), Fenster (1997), Tisch (2000).

Mariann Grunder, pourtant, n'a pas fait de pastiches de siège, de cheminée, de fenêtre ou de table. Certes, la Fenêtre est faite d'un grand panneau translucide. Mais ce sont des carreaux imprimés qui dessinent, en négatif, les montants. Et cette fenêtre n'ouvre sur rien. Quant à la Table, elle est bien formée d'un plateau posé sur des tréteaux, mais c'est une sorte de gros matelas en plexiglas bleu, éclairé de l'intérieur par des néons. Et si le Fauteuil semble avoir repose-tête, accoudoirs et même placet, on ne peut en aucune façon s'y tenir.

Ces pseudo-pièces de mobilier forment cependant de superbes propositions sculpturales. Le Lit (1997), par exemple, est un plan de marbre blanc, ourlé d'un renflement, recouvert d'une toile goudronnée noire, qui glisse à terre. Le Tapis (1999) est constitué de petites plaques de plexiglas opaque, posées en quinconce, dans lesquelles sont inscrites des traces qui ressemblent à des ombres. Et on se surprend à regarder si les verrières zénithales ne sont pas surplombées par des branchages. Car Mariann Grunder est particulièrement attentive aux rapports avec la nature.

Une seconde exposition, au Kunsthaus de Langenthal, en dit plus. Sur la fragilité des choses que Mariann Grunder convoque dans ses travaux. Et si l'installation de Bienne peut donner à penser que l'artiste règle avant tout des problèmes de formalisme. A Langenthal, on s'aperçoit que du plus organique, du plus tellurique vient vibrer par là-dedans. On y découvre qu'une petite feuille de chêne chiffonnée peut esquisser un geste humain, ou qu'il suffit de quelques coups de burin donnés dans des pierres ramassées à Central Park pour les faire parler comme des tessons archéologiques.

Ce que Mariann Grunder nous révèle, c'est que l'homme ne cesse de renouveler son écriture, ses idéogrammes et sa manière de s'inscrire au monde. Un plancher mal poncé, par exemple, trahit, par l'intermédiaire d'une feuille de papier frottée à la mine de plomb, des énergies insoupçonnées. Tout l'art de Mariann Grunder est nourri par ces regards, en quelque sorte, rasants. Tout y est plein de vibrations et de fraîcheur. La dame a 74 ans. Et, si dans ses œuvres, parfois, se profile la mort, sa traversée de la vie lui a appris que la spontanéité est une excellente ressource.

Mariann Grunder. Intérieur, installation, au Centre PasquArt (Faubourg-du-Lac 71-75, Bienne, tél. 032/322 55 86). Me-ve 14-18 h, sa et di 11-18 h. Jusqu'au 3 septembre. Dessins et sculptures, au Kunsthaus de Langenthal (Marktgasse 13, Langenthal, tél. 062/922 60 55). Ma-je 14-17 h, ve 14-19 h, sa et di 10-17 h. Jusqu'au 15 octobre.