Marianne Décosterd présente une importante exposition (plus de cent numéros), qui atteste sa puissance de travail et la grande qualité de celui-ci. Née en 1943 à Lausanne, elle a notamment été l'élève de Yersin à Ecole des beaux-arts et a été membre du groupe de graveurs L'Epreuve dès 1966. Elle est également proche de l'Atelier de Saint-Prex. Passée maître dans les techniques de l'estampe – elle manie aussi bien l'eau-forte ou le burin que l'aquatinte et le cliché-verre –, Marianne Décosterd est aussi dessinatrice et elle peint au lavis, à l'encre de Chine ou au brou de noix.

Quelle que soit la technique à laquelle elle recourt, elle fait dialoguer le papier, d'une qualité particulière, souvent un peu jaune, comme vieilli, et le motif, très économe, très affirmé. Soit des portraits, quasiment réduits à une expression, une posture, un moment de l'existence, des fleurs ou plutôt des allusions à la fleur, comme dans cette belle aquarelle qui évoque des Iris sauvages, dans ce fusain représentant un Chrysanthème ou ce dessin d'Amaryllis, quelques branches de houx, un ou deux rochers. Un rien, semble-t-il, suffit à exercer le pouvoir créatif, et le visiteur se complaît parmi toutes ces évocations, restées un peu mystérieuses, qui exercent un effet d'apaisement.

Toutes les œuvres sont relativement récentes, les gravures tirées à un nombre très restreint d'exemplaires, les lavis montrant une bécasse ou l'accoudoir d'un fauteuil, la série des Calvaires, la plus elliptique, la plus nerveuse. La présence de portraits, qui ponctuent le parcours, et d'un autoportrait, dans cette gamme de sujets, personnalise d'autant mieux cet art, lui donne une profondeur… humaine. Car ces esquisses thématisent la gravité, la réflexion, une certaine proximité entre les êtres.

Marianne Décosterd. Dessins, lavis et gravures. Galerie Arts et Lettres (Grande Place 21, Vevey, tél. 021/921 55 64). Ma-di 14-18 h. Jusqu'au 12 décembre.