Parkings saturés, pelouses envahies, quais bondés: depuis vendredi, le Montreux Jazz a installé sa caravane chic et bariolée sur les rives du Léman. Et si à l'extérieur, le «off» bat son plein dans une atmosphère festive contagieuse, il en va autrement à l'intérieur du Centre des congrès et des expositions de Montreux. Marquée par d'importants retards et la décevante prestation de Rickie Lee Jones, la soirée inaugurale de ce 33e Montreux Jazz Festival n'a pas été une des plus grandes réussites de Claude Nobs. Celle de samedi ne restera pas davantage dans les annales.

Engourdi par la canicule, un œil sur le programme, l'autre sur la montre, le public a une fois encore dû prendre son mal en patience avant de pouvoir déguster la principale attraction de la soirée, à savoir la diva folk-rock Marianne Faithfull.

Permanente, blondeur artificielle, tailleur gris et large décolleté n'ont pas longtemps caché les outrages du temps dont l'ex-égérie de Mick Jagger commence à se ressentir. Délivrant son show tambour battant – à peine une heure de concert, rappels compris – l'auteur de l'impérissable Broken English s'est contentée du strict minimum, enchaînant anciens tubes et nouvelles chansons sans jamais laisser la moindre place à l'émotion. Même dans les moments les plus propices à la nostalgie rêveuse («Working Class Hero», «As Tears Go By»), Marianne Faithfull n'a pas su briser la glace. Et ses musiciens ne font pas grand-chose pour sauver la mise. Professionnels jusqu'à l'excès, les quatre comparses de la chanteuse ne sortent jamais de leur réserve, apparemment convaincus que la rigueur doit à tout prix l'emporter sur la chaleur.

Seule éclaircie dans ce ciel plombé, la voix de Marianne Faithfull a conservé l'essentiel de son efficacité. Feulement rauque et suave idéalement adapté aux complaintes folk comme aux rengaines blues, l'organe de la Britannique reste une monumentale source de bonheur mélancolique, ce qui finalement ne fait qu'ajouter à la déception.