Elle s’appelle Marianne Faithfull. Elle a 74 ans. En un demi-siècle, elle a tant failli disparaître qu’on n’imaginait pas qu’un virus sorti de nulle part pourrait précipiter sa fin. C’est pourtant ce qui s’est passé au printemps 2020. «Darlin’, tu ne veux pas savoir ce que ce fichu covid m’a fait», dit-elle, d’une voix lente, lourde, brisée. Aujourd’hui installée à Putney, au sud-ouest de Londres, cette icône du «Swinging London» publie un album consacré aux poètes anglais du XIXe siècle qui, toute sa vie, l’ont accompagnée, comme Byron ou Tennyson. «J’ai tellement souhaité faire cet album, jure-t-elle. C’est presque étrange qu’il soit là maintenant.»

La dernière fois qu’on a vu Marian Evelyn Gabriel Faithfull, son vrai nom, elle lisait des sonnets de Shakespeare au château de Chillon dans le cadre du Montreux Jazz Festival 2009. Diction distinguée, voix comme roulée dans le gravier, radieuse dans un habit noir cintré, elle disait les vœux d’amour d’un autre dans une élégance détachée. On était loin des pop songs (As Tears Go By) signés Jagger-Richards qui l’avaient consacrée star en 1965, avant que le reste de la décennie s’écoule pour elle le nez dans la poudre.