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Marie Darrieussecq: dans le même bateau

«La Mer à l’envers» est tout autant un roman sur la crise des migrants qu’un miroir tendu sur les boursouflures du capitalisme. Avec des personnages criants de vérité, perdus et héroïques «mais seulement par moments»

Cela commence par un paquebot de croisière, un de ces monstres marins qui font cligner des yeux tellement ils explosent les cadres, en hauteur, en largeur, qu’ils surgissent dans l’étroitesse des lagunes vénitiennes ou en pleine Méditerranée. C’est à bord d’une de ces villes flottantes que démarre La Mer à l’envers de Marie Darrieussecq. Et l’on sait tout de suite à la lire qu’elle a trouvé les mots pour dire l’orgie consumériste, la transe du all included, et l’égarement, la nausée doucereuse qui vont avec.

Comme l’écrivaine nous le dira plus tard, au café de la librairie américaine Shakespeare et Co, au pied de Notre-Dame, à Paris, lors d’une matinée inondée de soleil, elle voulait décrire un de ces lieux «maximums» du capitalisme, un espace qui le dit à son point le plus halluciné.