Cinéma

«Marie Stuart, reine d’Ecosse»: une éternelle tragédie

Saoirse Ronan prête sa beauté diaphane à la souveraine dont le destin tragique hante encore poètes et cinéastes

La bougie a brûlé jusqu’au clou qui la transperce, il est l’heure de la souffler. Il est l’heure de mettre à mort Marie Stuart, condamnée à la peine capitale par Elisabeth Ire, sa cousine. Ce 8 février 1587, la reine déchue d’Ecosse prie dans sa cellule. Escortée par ses servantes, elle traverse la cour enneigée et marche vers l’échafaud, tombant sa capeline noire pour révéler une robe rouge sang propre à damner tous ceux qui assistent à l’exécution.

Passé ce prologue plein de dignité sacrificielle, le film retourne en arrière, quand Marie Stuart (Saoirse Ronan), veuve à 18 ans du roi de France, revient dans son Ecosse natale en héritière légitime du trône. Reine catholique dans un pays devenu protestant, elle suscite méfiance et hostilité. Elle entretient un lien ambivalent avec Elisabeth Ire, sa cousine. Le premier enfant que l’une des deux monarques mettra au monde régnera sur l'Angleterre et l'Ecosse. Contrainte d’abdiquer, Marie demande de l’aide à sa cousine, se fait arrêter, passe dix-neuf ans en prison avant d’être décapitée.

Hégémonie mâle

Cette figure tragique a inspiré d’innombrables artistes, de Stephan Zweig à John Ford, de Gaetano Donizetti à Thomas Imbach, de Balzac à Walter Scott. Au cinéma, elle a eu les traits de Katharine Hepburn, Vanessa Redgrave, Samantha Morton, Camilla Rutherford, avant d’être incarnée avec force par Saoirse Ronan. La jeune Irlandaise au teint diaphane et à l’œil limpide campe une reine impérieuse et fragile – et accuse une certaine ressemblance physique avec les portraits de l’époque.

Il est toujours un peu laborieux d’entrer dans les films historiques. Il faut un moment pour comprendre les enjeux politiques et sentimentaux, distinguer les thanes, tous barbus et vêtus de noir, dans des décors dont la noirceur doit beaucoup à Game of Thrones. Cet aspect rébarbatif s’efface progressivement derrière l’effroi que suscite la brutalité des intrigues et des attaques menées contre la «putain de Babylone», comme le martèle John Knox, réformateur protestant appelant à la guerre.

Quels que soient le pouvoir et l’autorité d’une femme, reine de droit divin, un statut qu’aucun suzerain n’oserait réfuter, elle reste soumise à l’hégémonie mâle. On peut la violer s’il faut un héritier, assassiner son secrétaire particulier s’il semble représenter une menace… Directrice d’une salle de théâtre à Londres, Josie Rourke, qui signe son premier film, inscrit sa Marie Stuart dans l’insurrection féministe globalisée d’aujourd’hui.

Perruque écarlate

Les deux reines communiquent par coursier. Dans une amorce rudimentaire de Skype, le messager tient devant son visage un portrait de la dame dont il délivre le message. Les cousines ne se voient qu’une fois, un rendez-vous arrangé dans une blanchisserie. La lumineuse Marie et Elisabeth, marquée par la variole, grotesque sous sa perruque écarlate, se cherchent dans un labyrinthe mouvant de lin virginal, se trouvent et se perdent à jamais.

Le film nous épargne la maladresse du bourreau ivre qui dut se reprendre à trois reprises pour couper la tête de Marie, mais il n’oublie pas ses derniers mots, qui nous hantent encore: «Ma fin est mon commencement.»


Marie Stuart, reine d’Ecosse (Mary Queen of Scots), de Josie Rourke (Royaume-Uni, Etats-Unis, 2019), avec Saoirse Ronan, Margot Robbie, Jack Lowden, 2h04.

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