Elle a un double prénom de sainte et de nativité. Et un visage d’ange. Marie-Noëlle Gudin, 28 printemps et une maturité de sage, possède l’immense privilège d’être bien née. Elle aurait pu s’en satisfaire. Ou, pire, détruire la belle cuillère d’argent que les fées ont déposée dans son berceau.

Au lieu de quoi la jeune femme a semé et cultivé, sur la terre fertile qui lui a été laissée en héritage, des graines productives. Sympathie, intelligence, douceur et fermeté constituent les atouts majeurs d’un jeu bien distribué par le destin et judicieusement mené par des parents attentifs.

Aujourd’hui à la tête de la salle de concert du Rosey, véritable cœur battant de la coupole conçue par Bernard Tschumi à Rolle, la jeune directrice collabore étroitement à une programmation en pleine évolution depuis trois ans.

Le Temps: Quels chemins vous ont menée si jeune à un tel poste?

Marie-Noëlle Gudin: Ceux dessinés par une famille exemplaire. Depuis que mes parents (Philippe et Anne Gudin, ndlr) ont repris la direction de l’Ecole du Rosey en 1980, l’aventure pédagogique idéale est devenue le centre de leur vie. Ils y ont mis toute leur énergie, toutes leurs convictions et tout leur cœur. J’ai eu la chance de faire mes classes de 7 à 17 ans au Rosey où j’ai été interne dès la deuxième année.

– C’est un privilège incroyable d’avoir bénéficié si tôt d’un tel environnement éducatif…

– Evidemment. J’en ai toujours été consciente, comme mes trois frères et sœur. Nous étions des élèves consciencieux. Très disciplinée, pour ma part. C’était aussi un devoir d’exemplarité, avec des parents directeurs. Ils nous traitaient comme les autres, un peu plus strictement pour ne pas nous favoriser. Mais aucun de nous quatre n’a trouvé cela difficile.

– Le Rosey a marqué vos vies au point d’y attacher vos carrières.

– C’est un lieu magique où l’éducation se conçoit et se distribue à son meilleur, pour l’épanouissement maximal des élèves. Un état d’esprit unique, qui lie une communauté soudée dans une ambiance très familiale. Toute le monde se connaît. On y pratique aussi les sports, les arts, la cuisine, et aujourd’hui on peut y avoir accès aux plus grands musiciens grâce au Concert Hall.

Mon père a toujours soutenu que dans le monde de plus en plus compliqué où l’on vit, il faut donner aux futurs leaders les outils pour le réinventer. Et que les arts développent la créativité et la sensibilité nécessaires. Mon frère Christophe (31 ans) dirige maintenant l’école. Et moi la salle de spectacles. Mais avant, il y a eu des recherches, des doutes, des hésitations et des tentatives différentes.

– Lesquelles?

– Après mon bac français, j’ai commencé le droit à Genève pour l’ouverture que cela proposait. Mais en quittant le Rosey, j’ai trouvé que le monde universitaire genevois était plus cloisonné et fermé que je ne l’imaginais. J’ai beaucoup appris. Puis je suis partie à Londres pour un bachelor en droit international. J’y ai retrouvé avec bonheur la vie de campus que je connaissais à Rolle. De retour à Genève à 22 ans, je ne savais pas trop où me diriger.

– Qu’avez-vous envisagé?

– Je suis partie faire différents stages en Afrique dans l’écotourisme, puis au Centre social protestant dans le droit des réfugiés. Je suis ensuite partie quelque temps à Montréal puis j’ai collaboré à la fondation Bodmer où je m’occupais du site des archives. Mes parents m’ont alors demandé de venir donner des cours de soutien aux élèves du Rosey. J’ai commencé comme ça. Puis quand la personne qui s’occupait des événements du Rosey est partie, j’ai tenté la nouvelle expérience qu’on me proposait.

– Le bâtiment du Carnal Hall était alors en construction…

– Oui, il a commencé à sortir du sol en 2013. Mon père se préoccupait déjà de la programmation et de l’animation de la salle de concert de 900 places. Comme elle était prioritairement conçue pour la musique, il a contacté Steve Roger de l’agence Caecilia, qui a bâti la première saison et qui continue à faire partie de la commission artistique. Après, il a fallu trouver des sponsors pour que les concerts s’autofinancent afin d’être à l’équilibre, avec des tarifs très attractifs pour des artistes de très haut niveau. Je me suis alors occupée de la recherche de partenariats.

– Puis la direction générale. Et des très grandes pointures à l’affiche…

– En trois ans, nous avons en effet déjà atteint un niveau exceptionnel. J’en suis fière et extrêmement heureuse. Je n’aurais jamais pensé découvrir les métiers de la scène avec un tel bonheur. Je m’y sens totalement épanouie, avec l’équipe de dix personnes qui m’accompagne. La diversification est aussi une évolution très stimulante. Classique, théâtre, danse, jazz, rock ou spectacles de création ont trouvé leur place au Rosey. Pour les Roséens, les Rollois et le public de la région élargie. Une belle aventure!


Rosey Concert Hall. «Cyrano de Bergerac» avec Stéphane Dauch dans une mise en scène de Jean-Philippe Daguerre, mardi 4 octobre à 20h15. Renseigenements et détails de la saison: www.roseyconcerthall.ch