L'œuvre de Marie-Thérèse Vacossin s'insère à merveille dans l'espace de la Fondation Louis-Moret à Martigny. Car cet espace est clair, limpide, et il est délimité par des parois blanches, ainsi que par les vitrages qui conduisent au jardin. Ce jardin lui-même est extraordinairement lumineux et enchanteur, avec ses roses trémières et sa végétation qui semble pousser en liberté, une liberté néanmoins contrôlée. La peinture de Vacossin elle aussi est lumineuse et ses teintes savoureuses sont strictement concoctées et disposées.

Peintures sœurs presque jumelles

Née en 1929 à Paris, domiciliée à Bâle depuis 1956, l'artiste relève de la tendance construite, même si elle n'a jamais adhéré à une école. Elle a ainsi participé à Lausanne à une collective intitulée «Les femmes et l'abstraction géométrique» et elle est cofondatrice des Editions Fanal, nées à Bâle en 1978 dans la suite de l'Atelier Fanal fondé en 1966. Une trentaine d'œuvres, dont 15 toiles de même format vertical de 162 x 54 cm, représentent à Martigny la manière progressive qui est celle de Marie-Thérèse Vacossin lorsqu'elle élabore une exposition. Celle-ci ne comporte que des œuvres récentes, en partie conçues pour le lieu. Des peintures aux teintes chaudes pour la plupart, du ton «ocré» au pourpre.

La bienfacture est indispensable, la matière acrylique se devant d'arborer une surface lisse et impeccable, de manière à laisser se jouer les déplacements et un dispositif très simple axé sur la géométrie et les nuances chromatiques. Les grandes toiles se déclinent isolément, ou par paires, ou par trois. Le regroupement est libre, chaque peinture pouvant être prise isolément, ou associée à ses sœurs presque jumelles. Presque: au premier abord, on dirait un diptyque ou un triptyque formé de parties semblables. Puis on remarque les inversions et les écarts. Les bandes verticales changent de tonalité avant d'atteindre le bord: «L'orangé dominant chaud se voile, touché de violet puis de blanc froid, ce qui lui donne son air givré; d'une toile à l'autre il y a permutation des emplacements, et donc des dominantes.»

Dessins à voix basse

Cette série a pour titre le mot Adra, associé à la couleur dominante de la toile. Ce mot est emprunté à un morceau de musique soufie, écouté par l'artiste durant cette période. La musique colle à l'œuvre de Vacossin, puisqu'elles ont en commun un rythme fondé sur les écarts ou les écartements, une combinaison de pulsions, d'intuitions et de rigueur logique. On pense aussi à la musique de Bach, à celle de Cage ou de Varèse… Une sérigraphie exposée a pour titre Cadence. Les gravures (éditées par Fanal) et les dessins à la mine de plomb sur papier Arches reproduisent «à voix basse», titre d'une série de petits dessins carrés, le même air, dans un semblable esprit méditatif.

Ces dessins constitués d'un quadrillage de l'espace ont pour seul motif les tracés plus appuyés. Soit un réseau de modules, qui suffisent à animer ce fond si régulier et paisible. De même, dans les peintures, les changements de nuance en pleine action pourrait-on dire, lorsque la bande verticale arrive près de son extrémité, ont pour effet d'amener une vibration nouvelle; car tout réside dans les vibrations inhérentes aux différentes couleurs, ce qui fait de Marie-Thérèse Vacossin, en dépit du schéma rectiligne et au caractère répétitif de ses compositions, une héritière des impressionnistes.

Marie-Thérèse Vacossin. Peinture. Fondation Louis-Moret (chemin des Barrières 33, Martigny, tél. 027/722 23 47). Ma-di 14h-18h. Jusqu'au 24 août.