Personne de noir vêtu des pieds à la tête. Si ce n'est des bodyguards, armés d'oreillette, au cas où... Ce jeudi soir, à l'heure du vernissage public, seule la musique en arrière-fond livre un indice sur l'identité de l'artiste dont les aquarelles garnissent les murs du Cabaret Voltaire, berceau du dadaïsme à Zurich. Il est passé en éclair le jour précédent, poudré, lunettes noires et teint blafard. Avant de chanter devant ses fans réunis dans le Hallenstadion. Mais il pourrait refaire un rapide détour.

Oui, Marilyn Manson, créature atypique de la scène rock, pape du glam goth, peint. Et le Cabaret Voltaire a choisi la star de l'Antéchrist pour terminer une année chahutée (LT du 14.11.07). Jusqu'à début janvier, quelque 27 aquarelles, des portraits, sont proposées aux visiteurs et acquéreurs potentiels pour des prix oscillant entre 18500 et 45000 francs. Titre de l'exposition: Les Fleurs du mal. Alors, artiste, charlatan, précurseur ou roi de la communication?

Du dada revisité?

Si son dernier album, Eat Me, Drink Me, a présenté un pourfendeur de l'Amérique bien-pensante plus intimiste, sa peinture trahit surtout une pensée tourmentée. Personnages fantomatiques, ombres ondulantes, autoportraits ou visages de jeune fille à la «beauté dormante», l'ensemble ne laisse pas un souvenir impérissable mais intrigue. Pas d'images chocs, de dessin provoc mais le reflet d'un esprit torturé, romantique et peaufiné d'humour noir. Quand même: «When I get old I would like a drink» («Quand je serai vieux, j'aimerais une boisson») baptise une œuvre faite avec l'absinthe d'un vert poison.

Marilyn Manson peint depuis une dizaine d'années et revendique une influence majeure: l'expressionniste Egon Schiele. Sa première exposition est organisée en 2002 à Los Angeles. Au Cabaret Voltaire, on ne l'a pas choisi pour la qualité du coup de pinceau mais pour l'aura de sa figure. Rapport à la critique, regard acide sur la bourgeoisie. Du dada revisité? L'artiste a confié qu'il est honoré d'une exposition dans la ville mère du «mouvement qui l'a le plus influencé».

Le Cabaret Voltaire et Marilyn Manson, c'est le mariage parfait, scandent de leur côté les organisateurs. Et l'on veut profiter du mythe. Mise sous pression par les autorités pour quelques rendez-vous provocs qui ont choqué les rangs bourgeois, l'adresse zurichoise doit séduire de nouveaux sponsors. Autant dire qu'on aime les projecteurs. Et faire de Marilyn Manson l'un des sauveurs du lieu ne déplairait pas.

Les Fleurs du mal, Cabaret Voltaire (Spiegelgasse 1, http://www.cabaretvoltaire.ch). Jusqu'au 6 janvier.