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Un groupe de migrants venus du Nicaragua, réunis au Costa Rica.
© JUAN CARLOS ULATE / Reuters

Livres

Marina Skalova fait migrer les langages

«Exploration du flux» tente de dire en poésie la poussée des hommes, des images, de l’argent et des fluides

«Ce que peut la littérature face à ce présent/pas grand-chose sûrement/et cette chose/les vagues la recouvrent». Que peut la littérature face au monde? Face à ce qui advient? Cette question, Marina Skalova la pose de front, de façon brûlante et engagée, dans un bref récit paru au Seuil, intitulé Exploration du flux.

Souvent, les mots se posent sur nos peines intimes, sur nos errances personnelles. Ici, Marina Skalova cherche des mots pour dire le drame collectif d’une époque et d’un continent, pour dire ce qui se diffuse massivement sur nos écrans: les migrations.

Pixels

Notre présent est marqué par les flux, dit-elle. Aux «flux» des migrants qui tentent de traverser les mers vers l’Occident – naviguant souvent vers la mort – répondent les flux d’argent qui font le tour de la planète. Et puis, bien sûr, le flux des nouvelles, des images, des notifications, des pixels qui sans cesse se recomposent sous nos yeux.

D’autres flux sont tapis dans les replis du texte: sang, humeurs, sécrétions, menstrues, fuites d’eau… Autant de vagues géantes ou microscopiques en mouvement, rencontres déroutantes entre l’organique et le politique. «Les mots, ils se mélangent, ils s’accouplent, ils font l’amour.»

Marina Skalova mixe les langages, tour à tour médicaux, politiques, économiques ou poétiques. Asile, forteresse, globalisation, Schengen, aorte, capital, République, RAID, terrorisme, sueurs froides, métastases. Mais aussi «bleu sirène bleu cobalt bleu pétrole», «filets de pêche algues marines»…

Lire aussi:  Marina Skalova, des mots en migration

Face à ce monde coulant et pulsant, face aux vagues anxiogènes qui se succèdent, porteuses d’injustices et de deuil, Marina Skalova, qui multiplie les rappels à l’actualité, adopte un point de vue presque naïf. Elle regarde et s’étonne de ce qui se passe, tente de comprendre, d’expliquer, cherche une sorte d’ignorance première pour essayer d’éclairer différemment ce quotidien lancinant.

Ecrire, crier

Ecrit en flux successifs, tantôt italiques, tantôt gras, tantôt réguliers, vers libres ou prose, voici une sorte de miroir du monde à la fois collectif et ultra-personnel. Car Marina Skalova s’y connaît en déplacements, en migrations, en fluides à la fois dans sa vie et en littérature. Auteure multiforme – dramaturge, poète et traductrice –, elle est née à Moscou en 1988, s’est formée à Paris, à Berlin, à Stuttgart et en Suisse, en philosophie et en littérature. Elle a publié Atemnot (souffle court) au Cheyne en 2016 et Amarres à L’Age d’Homme en 2017.

Crier est une quasi-anagramme d’écrire. C’est là que se tient le livre de Marina Skalova: «J’avais commencé à écrire ce texte à cause de la colère et de l’impuissance/la colère s’est atténuée,/émoussée […]/la colère s’est usée/l’impuissance est restée.»


Marina Skalova, «Exploration du flux», Seuil, coll. Fiction & Cie, 68 pages

Marina Skalova est l’invitée des Journées littéraires de Soleure, ce samedi: www.literatur.ch

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