Lyrique

Marina Viotti: du rock métal au chant lyrique

Jeudi soir à l'Opéra de Lausanne, la mezzo-soprano vaudoise, jadis métalleuse, a séduit bien au-delà du jury et remporté la première édition du tout nouveau Concours Kattenburg

Elle a chanté du Mozart, La Clémence de Titus. Puis un air de Dalila, opéra de Camille Saint-Saëns. Une combinaison périlleuse puisqu’elle suppose un grand écart des styles et des techniques. Mais le risque a payé pour Marina Viotti, mezzo-soprano vaudoise de 31 ans qui a remporté avec ce programme la première édition du Concours Kattenburg, compétition de chant lyrique organisée par la Haute Ecole de musique Vaud-Valais-Fribourg (HEMU).

La finale, qui s’est déroulée jeudi à l’Opéra de Lausanne, a clos en beauté les trois étapes de la compétition au cours desquelles se sont affrontés une trentaine d’étudiants et alumni de l’institution.

Public conquis

«Je suis encore sur un petit nuage», glisse Marina Viotti. En plus de la première place (récompensée par la somme de 20 000 francs), la jeune femme s’est vu décerner le Prix du public ainsi que le Prix de la meilleure candidate suisse. A l’unanimité.

Ce qui a fait la différence? «Sa sécurité vocale, sa tessiture très riche avec des timbres résonnant dans l’extrême grave mais aussi une proximité avec le public incontestable», souligne Hervé Klopfenstein, directeur de la HEMU Vaud-Valais-Fribourg, du Conservatoire de Lausanne ainsi que président du jury pour l’occasion. «Sa performance semblait totalement naturelle, un peu comme si chanter pour elle, c’était vivre.»

Nues sur scène

Et pourtant, l’exercice final est ardu: un récital d’une demi-heure interprété devant 800 personnes… sans fioritures. «Il y avait l’orchestre en fosse mais aucun décor, costume ni lumière, autant dire que les finalistes étaient comme nues sur scène. Il leur fallait incarner un rôle sans l’aide de la scénographie et emmener l’auditoire avec elles.»

Pas de quoi inquiéter Marina Viotti, habituée des planches de l’Opéra de Lausanne, puisqu’elle y a déjà chanté plusieurs fois depuis la fin de son cursus à la HEMU, il y a un an. «J’ai fait le choix de me mettre en scène, de jouer pour vraiment incarner mes personnages. Ça m’a permis d’oublier le stress de la compétition.»

Des années de métalleuse

Et puis, la musique classique, la Vaudoise a toujours baigné en plein dedans. Fille du chef d’orchestre Marcello Viotti et d’une mère violoniste, Marina a pourtant choisi le monde… du métal. Jusqu’au jour où, à 24 ans, elle a une révélation en assistant à une représentation de Simon Boccanegra de Verdi. «J’ai réalisé que j’avais envie de vivre sur scène, et que seuls la pop ou l’opéra pourraient me le permettre.» A ceux qui songeraient que Marina s’est grillé les cordes vocales durant ses années de métalleuse, elle rétorque: «Oui, j’ai hurlé, mais j’ai appris la technique pour le faire correctement!»

Son parcours atypique, ce mélange des genres font la signature et la richesse artistique de Marina Viotti. Pour qui ce premier prix signifie un regain de confiance. «Cela me montre que je n’ai pas fait tous ces sacrifices pour rien», se réjouit celle qui passe désormais son temps entre différentes productions à Lucerne, Strasbourg ou encore Barcelone.

Futures vocations?

L’assurance d’être sur la bonne voie, mais pas seulement. «L’exercice apprend à ces jeunes chanteurs à développer leurs positions scéniques, à programmer les pièces les plus adaptées à leur voix tout en les préparant à l’exercice du casting ou à celui de grands concours internationaux», ajoute Hervé Klopfenstein.

L’événement a peut-être également suscité quelques vocations du côté du public, composé en bonne partie de jeunes élèves du Conservatoire. Eh bien, à vos partitions: la prochaine édition du Concours Kattenburg aura lieu dans deux ans.

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