Il était né un 14 février, le jour de la Saint-Valentin. Tous le disent: Mario Alberti avait un cœur en or, c'était un homme habité par la passion. «Il était un vulgarisateur hors pair qui a beaucoup œuvré pour sortir la musique classique de son écrin poussiéreux», s'exclame Daniel Rossellat, directeur du Paléo Festival. Ce don de soi-même, pour que la musique devienne un chant universel, a fait de Mario Alberti un homme d'exception. Depuis trois ans et demi, il luttait contre une leucémie. Le musicien est décédé ce dimanche de Pâques.

Contrairement à d'autres artistes, qui creusent leur sillon en solo, Mario Alberti s'est très vite épris de la trompette pour qu'elle serve aux destins des autres. Né en 1946, le petit garçon se réveille tous les matins avec de la musique d'opéra et une tasse de chocolat chaud que sa mère lui apporte au lit. Mario apprend la trompette à l'Ecole de musique de Nyon, intègre la fanfare. Vers 15-16 ans, il commence son métier de maçon que lui transmet son père. Il est grutier la journée, musicien le soir. Son talent est tel qu'il décroche une bourse pour étudier la trompette au Conservatoire de Genève. «L'entreprise Perrin lui a octroyé un poste à 80% pour qu'il puisse répéter, se souvient sa sœur Marina. Il passait de chantier en chantier, trimbalait ses partitions et allait répéter dans les bois.»

Mario Alberti deviendra enseignant à son tour. «Il avait un contact magnifique avec les enfants.» Et c'est armé de multiples casquettes qu'il fera son bonhomme de chemin: professeur au Conservatoire, musicien indépendant dans diverses formations (OCL, OSR, OCG…), membre fondateur du Collège des cuivres de Genève, secrétaire de l'Union suisse des artistes musiciens (USDAM), programmateur chargé de la musique classique au Paléo Festival, cheville ouvrière de la Schubertiade. Bon vivant, fonceur, épicurien, cet homme à tout faire avait le don de se rendre serviable. Son deuxième prénom, Ercole, collait à son tempérament et à sa stature d'un mètre 90. «Les infirmières lui racontaient leurs histoires de cœur», raconte sa sœur. Beaucoup se sont confiés à Mario Alberti: aujourd'hui, c'est lui qui se confie au ciel.