C'est l'une des grandes découvertes alémaniques de l'an passé. Avec un album tout simplement intitulé «Batković Solo» (publié par Veruston), cet accordéoniste livrait un travail ébouriffant sur les possibilités de son instrument: tirant parti tout autant de techniques de jeu hétérodoxes (extension de notes jusqu'à presque essoufflement de l'accordéon, utilisation du cliquetis des touches pour sa valeur rythmique, etc) que de procédés plus traditionnels, Mario Batković compose des œuvres d'une puissance épique et d'une ampleur sonores rarement entendues – autant dire des cathédrales mélancoliques.

De titre en titre, son piano à bretelles emmène l'auditeur vers des constructions pleines de sève à la Michael Nyman ou Wim Mertens, puis vers des fragments d'hymnes boucaniers, et enfin sur des plages deep listening en appels du pied à Pauline Oliveros (écoutez le magnifique «Desiderii Patriae»). Ce ne seraient qu'exercices de style qu'on s'en contenterait presque, mais l'indéfinissable patte noire de Batković lui donne un inestimable supplément d'âme.

Dachstock. Neubrückstrasse 8, Berne. Ve 29 avril à 21h. Rens. www.dachstock.ch