Spectacle

Marion Duval et Marco Berrettini, une rage d’amour à la manière de Dada

Elle est actrice, il est chorégraphe et danseur. Le duo joue un peu de sa vie dans «Claptrap», spectacle électrique et foutraque au Théâtre de l’Usine à Genève, avant le Centre Abc à La Chaux-de-Fonds en mai

On a retrouvé les enfants de Dada. Ils s’appellent Marion Duval et Marco Berrettini. Elle est actrice, il est chorégraphe et danseur. Ces deux s’aiment dans la vie. Ils s’agacent et se déchirent sous les projecteurs. C’est leur histoire, un peu du moins, qu’ils jettent sur le plateau dans Claptrap. On a vu ce spectacle le soir de la dernière au Théâtre de l’Usine à Genève. La salle est bondée, le public désarçonné, captif pourtant. Cette love story tendance gueule de bois fatigue, trouble jusqu’au malaise, mais marque.

Dadaïste, ce tandem? Oui, parce qu’incontrôlable, en bordure de tout – de cadre et de genre – et parce qu’il libère un courant foutraque. Ils vous reçoivent devant un rideau gris, vous regardent prendre place sur les gradins avec une mine de dompteur dégrisé. La salle est encore allumée et Marion s’épanche déjà: «C’est la première fois que je suis metteur en scène et actrice, je suis fatiguée…» Plus tard, elle explosera de rire et sa beauté griffera. Dans un nuage de spleen, Marco caresse, lui, ainsi: «On n’a pas de concept de dramaturgie classique…» Mais il s’éclipse, revient avec une bouteille de champagne, remplit la coupe de Marion, la sienne. A leur amour. A cette dernière aussi.

Ces préliminaires sont en partie improvisés. Tout est vrai, assurent les interprètes. On les croit. Ils se débrident, elle raconte sa soif de sexe, ces metteurs en scène qui s’arrogent un droit de cuissage, mais ne tiennent pas leurs promesses. Ils se sont changés, sa robe noire est une tentation, son smoking à lui une fête mélancolique à la Jerry Lewis. «M’aimes-tu toujours, Marco?» «Mais oui…» Ils annoncent des dragons, un lapin, un pugilat.

Le plus beau, c’est qu’ils tiennent leur promesse. Capé comme à Las Vegas, Marco Berrettini est un magicien à la gaucherie merveilleuse. Marion Duval joue les charmeuses de lapin. Amarcord souffle soudain comme un vent de plage – Nino Rota. Plus tard, ils se heurteront dans des tenues extravagantes. Puis les masques tomberont et la tristesse jaillira en lave. Marion Duval éructera un impossible adieu. A l’arrière-plan, Marco Berrettini, pantalon lilas, planifiera une fugue.

Claptrap est rusé, mais ne triche pas. Comme dans les livres de Christine Angot, l’impératif de vérité commande. Un refus de séduire en somme qui est un charme en soi. Comme dans les films de John Cassavetes, les acteurs jouent en liberté parce qu’amarrés à leurs tourments. Le nombrilisme ici n’est pas un entonnoir, mais une pompe qui aspire tout. Marion Duval, Marco Berrettini vous mettent k.-o. Les enfants de Dada sont ainsi, ils giflent et laissent des hématomes.

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