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Marion Van Renterghem: «L’oubli de l’histoire est l’une des causes du désamour européen»

La journaliste Marion Van Renterghem signe «Mon Europe, je t’aime moi non plus», récit d’un tour du continent, à la rencontre à la fois des citoyens et des dirigeants politiques. Elle dit l’importance de sauver cette Europe qui malgré toutes ses imperfections reste la construction la plus positive de l’après-guerre

C’est une drôle de campagne européenne qu’a menée Marion Van Renterghem. Une campagne à l’ancienne, une longue balade de terrain, au corps à corps avec le réel. Si son livre Mon Europe, je t’aime moi non plus. 1989-2019 (Stock) fait événement au milieu d’une floraison éditoriale étonnante, en tout cas au vu du désamour européen que l’on prête aux populations, c’est parce qu’il est allé à la rencontre de citoyens comme de dirigeants. Kadir, le chiffonnier d’Athènes, comme Emmanuel Macron, John, le marchand irlandais, Laszlo Trocsanyi, ministre de la Justice de Viktor Orban, Tony Blair ou un commissaire de police parisien. Prix Albert-Londres, spécialiste des relations franco-allemandes, cette journaliste française aux origines belges, grande reportrice au Monde, raconte ainsi une Europe dont elle sait les déchirements mais dont elle persiste à lire les possibles.

Son récit met en évidence le fossé qui s’est creusé au sein des populations européennes après trois décennies de mondialisation. Avec, d’un côté, ceux pour qui l’Europe est faite d’ouverture et de voyages, les anywhere, qui en ont profité; et, de l’autre, ceux pour qui l’Europe représente aujourd’hui une contrainte, des règlements mal compris, voire une menace: ceux-là sont les somewhere, qui sont de quelque part mais y demeurent prisonniers, englués dans une précarité persistante. Cette dernière conduit à la désillusion vis-à-vis de l’Europe, et souvent au populisme. Marion Van Renterghem, dans cette Europe qui aurait pourtant plus que jamais besoin d’unité et de force, entre l’isolationnisme agressif de Donald Trump et la puissance chinoise, croit pourtant encore à un rêve européen.