Marivaudage expérimenté

Comédie Emmanuel Mouret renoue avec ses comédies de charme dans «Caprice»

Parmi les cinéastes monomaniaques, on peut compter le Marseillais Emmanuel Mouret (Changement d’adresse, Un baiser s’il vous plaît, L’Art d’aimer), 44 ans, à jamais fixé sur un idéal de comédie romantique d’autrefois. Après avoir tenté de s’évader avec le mélodramatique Une Autre Vie (révélé à Locarno mais jamais sorti), le voici qui revient à ses moutons dans ce 9e opus dont il est à nouveau le protagoniste.

Une pointe de mélancolie

Clément, un instituteur parisien, est comblé lorsque Alicia, une actrice qu’il admirait sur scène, devient sa compagne. Mais tout se complique par la faute de Caprice, une jeune femme croisée peu avant au théâtre et qui s’est également éprise de lui. Excessive et débordante, elle-même actrice débutante, Caprice le pousse à la faute pendant que son directeur et meilleur ami Thomas se rapproche d’Alicia…

Au début, on ne donne pas cher de ce nouveau marivaudage bourgeois et compassé. Très écrit et sagement maintenu dans le cadre d’un bon goût dépassé, le film installe pourtant peu à peu son univers – la grande force des monomaniaques. Même sans comprendre l’attrait de toutes ces femmes pour ce grand dadais (plus Fernandel que Delon) qui se rêve en séducteur, on se surprend à sourire, à apprécier l’élégance de la posture et la subtilité morale du jeu, dans lequel le contraste entre Virginie Efira et Anaïs Demoustier fait merveille.

Typiquement léger et trop sage, le film se teinte sur la fin d’une autre tonalité. Soudain, Clément passe à la voix off, qui dit que du temps a passé. Peut-être même du vécu pour Mouret. Car dans la réalité, ces petits jeux de l’amour et du hasard ne laissent pas intact. D’où une autre forme de sagesse, qui fait tout le prix de ce film plus mélancolique que les précédents.

VV Caprice, d’Emmanuel Mouret (France, 2015), avec Emmanuel Mouret, Virginie Efira, Anaïs Demoustier, Laurent Stocker. 1h40.